Une stratégie « orientée action », rythmée par un calendrier volontariste, devait alors permettre d’engager tous les acteurs et actrices dans la rédaction, voire l’adoption, d’une feuille de route « locale », adaptée au profil particulier de chacun des collèges concernés, qu’ils soient ou non labellisés REP ou REP+.
Renvoi au local
Comme l’annonçait le SNES-FSU dès janvier, le dispositif se traduit par une multiplication de réunions générales ou de concertations, le plus souvent dans le cadre de deux journées ou de 4 demi-journées banalisées. Mais on observe que les calendriers sont très différents suivant les établissements, et que la présence d’IA-IPR n’est pas systématique.
Il apparaît donc clairement que les rectorats renvoient au local les modalités d’organisation. Ainsi, il a été possible, dans certains collèges, d’imposer collectivement une réunion en plénière pour lister les difficultés réelles et les solutions en termes de moyens. Voire d’obtenir l’annulation des réunions suivantes, comme dans ce collège de l’académie de Lille, dont les équipes sont particulièrement mobilisées en raison des suppressions de postes. Parfois, aucune organisation particulière n’a été prévue, et les discussions s’inscrivent dans le cadre existant (conseil d’enseignement, conseil pédagogique), sans trame préétablie.
Ailleurs, c’est le modèle de l’autoévaluation qui inspire l’organisation des réunions, avec un principe intangible, clairement affirmé : il n’y aura pas de moyens supplémentaires ! Alors que c’est, à l’évidence, le moyen d’assurer de meilleures conditions d’enseignement et donc une meilleure réussite des élèves, il n’est pas question non plus de solliciter une baisse du nombre d’élèves par classe ou une augmentation des dédoublements qui est rejetée car trop «politique».
La nature néomanagériale a horreur du vide
Et pour cause : l’autoévaluation des établissements et « Collèges en progrès » relèvent d’une même volonté politique de piloter l’école publique par les chiffres, par les résultats, par la « performance » … en réduisant les coûts. Ce néomanagement, directement importé du monde de l’entreprise, induit une méthodologie qui structure les réunions, dans le respect de la commande ministérielle : un diagnostic chiffré doit précéder la définition d’axes stratégiques prédéfinis qu’il conviendra de « mettre en actions/projets » à l’aide de « leviers » actionnés par la direction. En utilisant divers indicateurs, notamment les évaluations nationales, l’objectif est de faire porter aux personnels le poids du déterminisme social, dont toutes les études démontrent l’importance en France. Il s’agit de rendre les personnels, et les approches pédagogiques qu’ils et elles déploient au quotidien, responsables des écarts de réussite, dans le pays qui a pourtant les classes les plus chargées de l’OCDE. L’objectif est de remettre en cause la professionnalité et l’expertise des collègues, parfois en les infantilisant et/ou en les culpabilisant.
KISS, ou le management financier au service du pilotage pédagogique
Pour engager les collègues sur un des axes « forts », retenus au niveau académique, et obtenir leur participation aux ateliers correspondants, de nombreuses techniques managériales ont été mobilisées, sous des formes en apparence démocratiques, pédagogiques et anodines, comme les « world cafés » ou discussions coopératives, ou encore l’affichage de post-it. Sous le vernis ludique et participatif, il s’agit de permette au « manager » ou à la « manageuse » de trier les propositions et les actions, et de ne retenir que celles qui présenteront le meilleur rapport coût/visibilité. Implicitement, c’est un processus managérial qui est utilisé, et il est directement issu de la sphère économique et financière : c’est la méthode « KISS » qui justifie de garder des projets (KEEP), d’en améliorer d’autres (IMPROVE), d’en démarrer de nouveaux (START) … ou d’y mettre fin (STOP). En français, l’objectif est d’installer de « bonnes pratiques » (enseignement explicite, projet local d’évaluation, mise en œuvre des compétences psycho-sociales) et de réduire la liberté pédagogique, tout en réintroduisant des organisations pédagogiques pourtant rejetées par la profession, comme les groupes de niveaux.
Ces méthodes légitiment par avance l’imposition, par le « community manager », des formations que préparent actuellement les EAFC, hors du temps de service devant élèves qui plus est.
Feuille de route : la vigilance s’impose !
Simple prudence de la part de l’Institution, ou pragmatisme face aux résistances rencontrées ? Toujours est-il qu’à ce stade, la « formalisation » et la feuille de route mentionnées par l’instruction du 17 décembre n’ont que rarement été évoquées. Le SNES-FSU encourage les équipes à obtenir des éclaircissements sur ce point : le conseil d’administration sera-t-il sollicité, et le cas échéant sous quelle forme ( simple présentation des travaux, ou délibération qui contraindrait les équipes )? S’agit-il de concerter ou de préparer la refonte du projet d’établissement ?
Le SNES-FSU rappelle son opposition au dispositif des « 800 collèges » qui permet d’organiser une politique managériale.Il concurrence la politique nationale d’éducation prioritaire, la menaçant de ne plus reposer sur la compensation des inégalités sociales et économiques mais sur des taux de réussite. L’offensive en cours au Sénat pour introduire la notion de ruralité dans les critères de l’éducation prioritaire converge avec ce danger.
Le SNES-FSU invite les équipes à contacter leur section académique pour faire remonter tous les dysfonctionnements de ce dispositif. Il reste essentiel de lutter contre toute forme de contractualisation, car elle conduirait à une série de prescriptions néfastes pour la liberté pédagogique, si précieuse pour appréhender la diversité des élèves.






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