Encore des refus et des reculs

Environ 73 millions d’IVG ont lieu chaque année dans le monde. Près de 45% sont pratiqués dans des conditions non sécurisées, alors que l’Organisation Mondiale de la Santé rappelle que l’avortement est une intervention très sûre lorsqu’il elle est réalisée avec une méthode recommandée et par des personnes formées. Des obstacles juridiques, financiers et géographiques empêchent donc encore l’accès à des soins sûrs.

Les législations restent très inégales. Le cadre légal varie drastiquement selon la zone géographique. Le recours à l’IVG sur demande sans justification est autorisé dans 77 pays, autorisé mais restreint dans 59 pays, autorisé uniquement pour sauver la vie de la mère dans 44 pays et totalement interdit dans 21 pays comme le Salvador ou le Honduras. En Europe, la Pologne et Malte maintiennent des législations parmi les plus restrictives, tandis qu’en l’Italie l’application du droit est rendue très difficile entre autres par le recours massif à la clause de conscience.

Aux États-Unis, l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade en juin 2022 a provoqué une profonde fracture sanitaire aux États-Unis, marquée par une hausse alarmante de la mortalité des femmes dans les États restrictifs. Selon les données du National Center for Health Statistics et du Global Empowerment Project Initiative, le risque de mortalité maternelle est désormais près de deux fois plus élevé dans les zones ayant banni l’avortement par rapport aux États progressistes, culminant à 60,9 décès pour 100 000 naissances chez les femmes noires, qui restent trois fois plus touchées que les femmes blanches. Au Texas, le taux de mortalité des femmes enceintes a même bondi de 56 % selon le Guttmacher Institute. Par ailleurs, l’insécurité juridique pousse les médecins à retarder des interventions d’urgence, entraînant un doublement des décès liés aux grossesses extra-utérines d’après une enquête de ProPublica, tandis qu’une étude de JAMA Network Open révèle une augmentation de 27,7 % de la mortalité maternelle tardive due aux défaillances du suivi post-partum.

39 000 décès maternels annuels sont directement imputables à ces avortements clandestins, ce qui en fait la troisième cause de mortalité maternelle au niveau mondial. Refusons que le lieu de naissance, le niveau de revenus ou le pays de résidence détermine la possibilité d’avorter librement et en sécurité !

En France, un droit reconnu, mais pas garanti

La constitutionnalisation de la liberté de recourir à l’IVG, adoptée en mars 2024, a constitué une victoire historique du mouvement féministe. Mais il faut garder à l’esprit une réalité dérangeante : l’inscription dans la Constitution ne suffit pas lorsque les femmes doivent encore parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres, attendre un rendez-vous ou essuyer le refus d’un professionnel.

251 270 IVG ont été pratiquées en France en 2024, soit environ 7 000 de plus qu’en 2023 et le taux de recours atteint 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. L’IVG est donc une réalité courante de la vie reproductive et doit être prise en charge comme un soin de santé ordinaire, accessible sans jugement, sans délai inutile et sans obstacle financier ni géographique.

Pourtant l’accès y reste profondément inégal… Ainsi, en 2024, environ 18% des IVG ont été réalisées hors du département de résidence et environ 5% hors de la région de résidence. Ces déplacements imposent du temps, des frais de transport, parfois une nuit sur place, une solution de garde pour les enfants, une absence au travail, etc. De plus, les fermetures et les restructurations de services hospitaliers, le manque de personnels formés et l’insuffisance de lieux pratiquant l’IVG instrumentale rendent l’accès très inégal selon les territoires. La possibilité d’avorter en cabinet ou à distance peut faciliter certains parcours, mais elle ne compense pas la disparition des centres de santé sexuelle, des maternités et des équipes hospitalières. Une liberté effective suppose un maillage territorial de services publics, des personnels en nombre suffisant et une véritable continuité des soins. Or, pour les personnes précaires, les mineures, les personnes en situation de handicap ou celles qui ne disposent pas d’un véhicule, chaque kilomètre et chaque délai supplémentaire met en danger l’exercice de leur droit à l’avortement, voire leur santé.

Enfin, les IVG réalisées à un terme avancé, bien qu’elles restent minoritaires, nécessitent une offre hospitalière et instrumentale suffisamment répartie sur le territoire et il est donc nécessaire de maintenir une offre hospitalière suffisante et de garantir l’accès aux deux méthodes, médicamenteuse et instrumentale.

Des menaces réelles

Malgré la constitutionnalisation, l’extrême droite ne renonce pas à remettre en cause le droit à l’avortement : elle avance par culpabilisation, désinformation et restriction des moyens.

Le 15 septembre 2026, Marion Maréchal Le Pen a ainsi participé à l’inauguration, au Parlement européen de Strasbourg, d’une exposition anti-avortement intitulée Just Euman, dénoncée par plusieurs élu·es de gauche et écologistes. Cette offensive symbolique s’inscrit dans une bataille politique plus large autour de l’accès transfrontalier à l’IVG. En effet, l’initiative citoyenne européenne My Voice, My Choice, soutenue par plus de 1,1 million de signatures, demandait que les déplacements et les soins des personnes qui ne peuvent pas avorter dans leur pays puissent être financés. La Commission européenne a finalement autorisé les États membres à utiliser volontairement des crédits existants du Fonds social européen plus pour soutenir l’accès transfrontalier à l’IVG, sans créer de fonds européen spécifique. Derrière les discours prétendant « défendre la vie », la volonté de restreindre l’autonomie des femmes et de rendre l’avortement plus difficile, plus coûteux et plus stigmatisant est toujours l’un des objectifs majeurs des extrêmes droites.

Partout, les mouvements anti-avortement cherchent à transformer l’accès au soin en parcours d’obstacles. Les offensives passent aussi par internet avec la diffusion et le relai massifs de fausses informations, de contenus masculinistes ciblant les plus jeunes ou encore des sites se présentant comme des services d’écoute derrière lesquels se cachent des associations anti-avortement.

La remise en cause du droit à l’avortement et le contrôle du corps des femmes s’inscrit dans un projet de société réactionnaire qui ne touche pas seulement les femmes souhaitant interrompre une grossesse. Il concerne l’autonomie de toutes et tous.

L’école doit informer et protéger

Pour les personnels de l’Éducation nationale, cette question est également celle de l’émancipation et de la protection des élèves. Une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle ambitieuse et effective avec une information fiable sur la contraception, l’IVG et le consentement permet de réduire les situations de détresse et d’orienter rapidement les jeunes vers les bon·nes interlocuteur·trices. Celle-ci ne doit ENFIN plus dépendre de la seule volonté des équipes pédagogiques : les séances prévues par la loi depuis 2001 doivent être organisées dans tous les établissements, avec des personnels formés et l’intervention d’associations agréées. Laisser les jeunes seul·es face aux discours réactionnaires et anti-droits qui envahissent les réseaux sociaux, revient à les abandonner aux fausses informations.

Nos revendications

Le SNES-FSU réaffirme que l’avortement est un droit fondamental et revendique son accès réel, effectif et universel.

Il exige :

  • la réouverture des maternités et des centres d’IVG et de santé sexuelle de proximité ;
  • le maintien et le développement d’une offre hospitalière permettant l’accès aux IVG médicamenteuses et instrumentales sur tout le territoire ;
  • la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG ;
  • des moyens suffisants pour former et accompagner les professionnel·les;
  • le soutien aux associations qui informent, accompagnent et défendent les droits sexuels et reproductifs ;
  • la mise en œuvre effective, dans tous les établissements scolaires, des séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité ;
  • un plan de formation permettant aux personnels de mettre en œuvre ces programmes dans de bonnes conditions ;
  • un contrôle effectif de l’application de l’ÉVARS dans les établissements privés sous contrat, afin que seules des associations agréées et des contenus conformes aux programmes interviennent auprès des élèves.

Le SNES-FSU appelle donc à participer le plus largement possible aux initiatives organisées partout en France à l’occasion de la journée internationale pour le droit à l’avortement. Il appelle à se mobiliser avec les syndicats, les associations féministes et l’ensemble des forces qui défendent l’égalité et les droits sexuels et reproductifs. Le droit à l’avortement n’est jamais définitivement acquis. Face aux offensives, nous ne devons rien céder : le 28 septembre, mobilisons-nous pour défendre l’IVG, ses moyens et son accès réel !


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