L’Hexagone continue de battre, jour après jour, des records de températures : la journée de mardi a été « la plus chaude jamais enregistrée en France » depuis le début des mesures, en 1947, selon Météo-France. Chaque jour, le nombre de départements en vigilance rouge ne cesse d’augmenter : 44 millions de personnes seront concernés par la vigilance rouge mercredi. La vie quotidienne est ralentie (chantiers qui s’arrêtent à midi, musées qui ferment plus tôt, coupures d’électricités, suppressions de trains….) : tout montre que la société n’est pas prête et pas adaptée aux vagues de fortes caniculaires liées au réchauffement climatique, faute d’anticipation de la part des gouvernement successifs.

Et pendant ce temps, à l’Éducation nationale….

Sans cap clair, si ce n’est celui du renvoi au local, sans moyens, si ce n’est l’énergie (et les ventilateurs personnels) des collègues qui tiennent seuls les collèges et l’organisation des examens, le ministre peut assurer, à chaque intervention médiatique, que tout a été « anticipé », qu’il n’y a « pas de désorganisation » (point presse du lundi 22 juin). En réalité, ces derniers jours, ce n’est pas l’Ecole, ce n’est pas son fonctionnement normal, faute de politiques publiques à la hauteur.
Le fonctionnement de ces derniers jours conduit à une forme de garderie, où les autorités nationales, académiques et départementales ne cessent de se défausser de leurs responsabilités. Refuser prendre des mesures de protection collective comme le fait le ministère, c’est individualiser les risques et donc les responsabilités. C’est doublement irresponsable : d’une part en mettant en danger les personnels et les élèves, d’autre part en affaiblissant le service public d’Education.

Établissements, personnels et élèves en surchauffe

Les relevés de températures dans les salles de classes et les salles d’examen continuent d’arriver au SNES-FSU : on dépasse quasiment partout les 30 degrés. Les témoignages de malaises et d’alertes des conséquences pour la santé des personnels et des élèves se multiplient.

Examinatrice du bac

Je suis en suppléance à ******, je remplace une collègue qui a fait un malaise hier soir en rentrant. C’est une fournaise, mon binôme m’a dit s’être senti mal aussi en rentrant hier soir jusqu’à vomir.
On a râlé donc ils nous ont mis à interroger dans un couloir pour essayer d’avoir un courant d’air. Franchement, les conditions sont atroces.

Académie de Clermont Ferrand (collège)

Malaise enseignant + malaise élèves. Pas de climatisation. Températures insupportables avec effet sauna. Pas d’adaptation de l’emploi du temps.

Dans une vie scolaire
Nous avons actuellement le mardi 23 juin 2026 à 15h19, 32 degrés dans la vie scolaire malgré les couvertures de survie sur les fenêtres et 2 ventilateurs. Nous avons emmené personnellement une glacière électrique pour maintenir nos bouteilles d’eau perso au frais

Depuis quelques jours, les sections académiques du SNES-FSU reçoivent de nombreuses fiches RSST (registre santé et sécurité au travail) :
Normandie : près de 600 fiches entre le lundi 22 et le mardi 23 juin
Orléans-Tours : plus de 250 fiches en 36 heures et il continue d’en arriver
Bordeaux : 274 fiches en un jour et demi.
Clermont-Ferrand : 80 fiches en deux jours et demi.

Au deuxième jour de la vigilance rouge, tout montre que la doctrine du « cas par cas » privilégiée par le ministre place les personnels dans des situations où leur santé est menacée.

Les aberrations du renvoi au local

Le ministre de l’Education nationale ne jure que par l’approche territorialisée, au cas par cas, mettant en avant l’état du bâti scolaire qui permettrait d’absorber les températures qui restent élevées la nuit et ainsi proposer des conditions de travail supportables le jour, et donc d’adapter les décisions localement. C’est faire fi de la réalité : l’état du bâti scolaire est déplorable et les températures ne redescendent plus la nuit. Résultat, le matin, les personnels arrivent dans des bouilloires thermiques ! Le SNES-FSU continue d’exiger des mesures générales qui correspondent au niveau de vigilance et qui permettent d’avoir un cadre de décision global. Par exemple, pour les zones en vigilance orange, un fonctionnement nécessairement aménagé, par exemple au niveau des horaires. Pour la zone en vigilance rouge, cela pourrait être un fonctionnement en accueil minimum pour les élèves dont le domicile est plus chaud que l’établissement et suspension des cours.

Il existe alors deux cas de figures : d’une part les académies avec des organisations différentes d’un collège à l’autre guidées par le mantra de l’ouverture à tout prix, d’autre part, les académies où les établissements se dirigent, en très grande partie vers la suspension des cours.
Dans le premier cas, on a quasiment autant d’organisations que de collège et des situations ubuesques : dans une même ville (Oloron) : les deux collèges publics accueillent les élèves de tous les niveaux, tandis que le lycée a reporté les épreuves de Grand oral de lundi et mardi à la semaine prochaine.

Elle conduit aussi à des situation surréalistes : maintien d’un PPMS confinement (!) en zone rouge, obligation des personnels à rester dans l’établissement, l’après-midi, en pleine chaleur, pour tenir des réunions, annonce de fermeture de l’internat où il fait une chaleur étouffante contredite et annulée par le préfet, DASEN qui minimise une température de 42 degrés sur un trajet, AED et AESH sommés de rester alors qu’il n’y a plus d’élèves etc.

Dans d’autres académies, en vigilance rouge, les établissements suspendent les cours les uns après les autres face aux réalités du terrain. C’est la confirmation qu’il faudrait bien une règle : vigilance rouge = service minimum mais que le ministre ne peut visiblement pas assumer politiquement.

Mais comme le disait Edouard Geffray dans un point presse lundi 22 juin « il n’y a aucune désorganisation ».

Un protocole, quel protocole ?

Comme aux plus grandes heures du Covid, c’est le grand bricolage au sens propre comme au sens figuré pour tenter de pallier les défaillances de l’institution. Couverture de survie scotchées aux fenêtres, achat en catastrophe d’un stock de ventilateurs au magasin de bricolage du coin, tentatives de débloquer les fenêtres, brumisateurs personnels…. Ci-dessous une couverture, pas vraiment de survie, qui tombe des baies vitrées et la salle dite fraîche d’un établissement….dont la fenêtre est donc ouverte sur l’extérieur.

Une situation révélatrice des choix des gouvernements

A chaque épisode climatique, chaud ou froid, les établissements se retrouvent sous tension et l’Education nationale plonge dans une crise dont elle a le secret. C’est d’abord le résultat du sous-investissement massif dans l’Ecole, notamment dans le bâti scolaire. De ce point de vue, le ministre doit arrêter de se défausser sur les collectivités : si ces dernières sont responsables, car propriétaires du bâti scolaire (et savent trouver de l’argent quand il faut, comme l’atteste le million d’euros débloqué en urgence par Valérie Pécresse pour les centres d’examen franciliens), le budget relève de choix du gouvernement (par exemple, ces deux derniers années, la baisse du Fond vert) et il a, à ce titre, largement sabré les dotations aux collectivités territoriales.

C’est aussi le révélateur du profond mépris pour le service public d’Education de la part des gouvernements successifs : la croyance que l’Ecole pourra traverser des crises ponctuelles, sans investissement, en comptant sur la bonne volonté des personnels et des épisodes climatiques de faible durée. C’est pour cela que rien n’est anticipé. Une forme de pari, un de plus, sur le dos de l’Education, ses personnels et ses usagers.

Enfin, c’est le signe que les ministres successifs ont toujours la même boussole : s’appuyer cyniquement sur l’engagement des personnels, leur attachement au service public et aux élèves, pour faire fonctionner les collèges et les lycées. En période de Covid, de suppressions de postes, de vague de froid ou de chaleurs, c’est toujours le même refrain : saluer la main sur le cœur, l’investissement, sans compter, des personnels, qui pallient ainsi les carences et même les défaillances de l’Etat. Ce cynisme, petit à petit, vient affaiblir la confiance dans l’institution et dans la parole publique. Comme il y a 6 ans, quand Jean-Michel Blanquer affirmait sans sourciller « on est prêts », les paroles d’Edouard Geffray qui affirme qu’il n’y a pas de désorganisation, alors qu’au quotidien, sur le terrain, c’est le règne de la grande débrouille et que rien n’a été anticipé, viennent agrandir le fossé entre le personnels et l’institution.

Agir maintenant et pour l’avenir

Dans l’immédiat, le SNES-FSU appelle les personnels à se saisir de tous les outils syndicaux (fiche RSST, grève, interpellations collectives des autorités etc) pour faire connaître leur situation, manifester leur colère et faire respecter leurs droits. Le SNES-FSU intervient à tous les niveaux : départemental, académique et national. Contactez-nous !

Le SNES-FSU continue d’exiger un cadre global de décisions pour sortir de la cacophonie ambiante.

A la rentrée, un bilan devra être fait de cette séquence pour en tirer toutes les conclusions. Le calendrier des examens devra faire l’objet d’une réelle concertation, en prenant en compte l’hypothèse de plus en plus probable. Il est indispensable de poursuivre et approfondir la réflexion sur l’adaptation de l’Ecole au réchauffement climatique (organisation, gestion de crise etc)

Le budget 2027 sera un des révélateurs de la prise de conscience du gouvernement : s’il n’y a pas un geste en faveur de la rénovation du bâti scolaire, c’est sera définitivement le signe que le service public d’Education importe peu pour les macronistes.


Le SNES-FSU rappelle que le plan de rénovation thermique du bâti scolaire qu’il défend depuis de nombreuses années est largement finançable : 4 à 5 milliards d’euros par an, c’est 2% des aides aux grandes entreprises en 2023 ou encore 1% du patrimoine de Bernard Arnault.


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