Il s’est appuyé sur plusieurs visites en académies, une enquête auprès des IEN IO et des chiffres émanant de la DGRH (direction générale des ressources humaines) du ministère sur le nombre de CIO et de PsyEN par département. C’est donc un rapport documenté, qui soulève de vrais problèmes, sur lesquels le SNES-FSU a alerté depuis longtemps.

  • Le peu de visibilité du CIO malgré le « rôle unique qu’ils remplissent dans l’EN«  notamment auprès des élèves en situation de décrochage et des EANA mais aussi dans l’animation du réseau FOQUALE et des PSAD. L’IGESR partage notre constat selon laquelle l’appellation « CIO » n’est plus adaptée à ses fonctions réelles, mais elle n’en tire pas les mêmes conclusions que le SNES-FSU

  • La concurrence des régions non seulement sur la dimension orientation mais souvent bien au -delà , même si l’efficacité de ces interventions n’est pas probante.

  • Le manque de reconnaissance du rôle des IEN-IO. Trop focalisé·es sur l’affectation, elles·ils sont peu consulté·s sur la mise en œuvre de la politique éducative, y compris sur l’EAO et encore moins sur la santé mentale.

  • Une fonction de DCIO très maltraitée, sans reconnaissance institutionnelle ni financière, alors que leurs missions sont essentielles pour l’animation des équipes et le rayonnement du CIO dans le district et le bassin.

  • Des PsyEN EDO inquiet·es pour leur avenir et fortement touché·es par la précarité. L’importance du travail des équipes de CIO y compris dans la formation des personnels non titulaires face à l’insuffisance de formation académique.

Le prisme par lequel les activités du service sont regardées, débouche nécessairement sur de mauvaises réponses.

Seules les dimensions de l’accompagnement de l’orientation et de l’affectation sont abordées, en ignorant délibérément l’ensemble des missions des personnels définies dans l’article 3 du statut et dans la circulaire nationale de missions de 2017 soit :

  • La contribution au développement psychologique, cognitif et social et la création des conditions favorisant leur équilibre psychologique ;

  • L’intervention auprès des élèves en situation de handicap et/ou de souffrance psychique ;

  • La contribution à la réussite scolaire et à la lutte contre les inégalités ;

  • La mise en œuvre de dispositifs de prévention et la participation aux situations de gestion de crise.

À aucun moment la question de l’articulation du travail des IEN-IO avec celui des psychologues conseiller·ères techniques en santé mentale n’est évoquée. Or, sur le terrain les PsyEN sont bien confronté·es avec l’ensemble de ces dimensions. Comment éviter une double filière de prescriptions alors que les CT n’en ont réglementairement pas les compétences ?

Ce rapport est donc complètement déséquilibré, laissant dans l’ombre tout un pan des activités des PsyEN et des DCIO qui sont pourtant complètement liées à leur travail d’aide à l’élaboration des projets d’avenir des adolescents, des suivis psychologiques et de la lutte contre le décrochage.

La politique de recrutement des PsyEN n’est jamais interrogée pas plus que la logique gestionnaire qui conduit à supprimer progressivement le réseau des CIO.

La mission ne retient pas la demande de Régions de France du transfert de toute la chaîne de l’orientation aux régions, du fait des risques d’accroissement des inégalités territoriales.

visant à continuer la politique gestionnaire en vigueur de diminution du nombre de CIO par regroupements et créations de « tiers lieux »est écarté. Cette appellation ne vise qu’à masquer le fait que ce sont que des permanences en mairie ou maisons des services publics où les PsyEN sont attendu·es pour une permanence isolée. La mission considère qu’elle ne permettrait pas de transformer les pratiques et contribuer à la baisse de la présence en territoire. Toutefois, la mission ne verrait pas de problème à regrouper les CIO de moins de 10 PsyEN !

propose la nomination des PsyEN dans les EPLE, comme le préconisait le rapport Charvet mais il est écarté à cause de l’isolement qu’il produirait, de la disparition totale de l’accueil de certains publics (non scolaires, scolarisé dans le privé) y compris pendant les vacances.

finalement retenu, les PsyEN seraient nommé·es non plus sur un CIO mais à la DSDEN. En effet, la recommandation n°7 propose de nommer les PsyEN EDO dans un « pôle départemental », adossé à des pôles territoriaux, piloté par un IEN IO sous l’autorité du DASEN et assisté d’adjoint·es qui seraient les anciens directeurs·trices de CIO ». Cette recommandation remet en cause les règles de mutation et demanderait à modifier le décret statutaire. Les PsyEN seraient ainsi nommé·es à la DSDEN et exerceraient sur un pôle dans le département. Contrairement à ce que dit le rapport, ce n’est évidemment pas de nature à rendre plus de sérénité aux PsyEN. En effet, dans quelles conditions les PsyEN seront-elles·ils nommé·es sur un pôle ou sur un autre ? Avec des règles différentes selon les départements ? Avec ou sans barème ? Sur le plan réglementaire, seule leur affectation en DSDEN sera pérenne alors que leur lieu d’exercice pourrait changer. C’est donc une nouvelle dégradation des droits des personnels qui serait mise en place.

En effet, la recommandation n°7 prévoit que « chaque pôle comprend des points d’accueil et des locaux à adapter selon l’activité des territoires en direction des publics non scolarisés et l’effectif des personnels résidents ». C’est donc le retour des guichets uniques avec des PsyEN positionné·es, ici dans des missions locales, là dans des « maisons de l’orientation« , initiées par les régions et des risques de limitation de nos missions à l’insertion. Il est clair que le service comme les personnels n’y gagneront aucune visibilité et ne seront plus identifiés par le public scolaire. Les CIO y perdraient bien plus que leur nom, ils y perdraient leur existence !

Comme dans certains précédents rapports, l’illusion de la multiplication du nombre de PsyEN en regroupant plusieurs CIO refait surface. Selon les rapporteurs, en effet, le temps de présence en EPLE en serait augmenté ! Or, tout ce qui sera augmenté, ce sont les temps de déplacements et le nombre d’établissements à prendre en charge.

Enfin, la vieille recette de la brigade volante est aussi de retour. Ne voulant pas voir que le service rendu aux élèves et aux équipes reposait sur un travail en continu, en lien avec les équipes et les familles dans les établissements, le rapport met en exergue l’intervention ponctuelle de toute l’équipe d’un CIO sur une action, telle qu’on a pu le connaître dans les années 60 pour des passations de tests collectifs !

Dans le fil du rapport on comprend également que les missions des PsyEN EDO seraient à revoir, ainsi que leurs horaires ! Ce qui semble cohérent avec l’analyse générale et l’absence de demande de recrutements.

Même si le rapport s’appuie sur une prise en compte de nombreux problèmes, les préconisations ne sont absolument pas de nature à répondre aux besoins des adolescent·es ni à relancer l’attractivité du métier.

Que demande le SNES-FSU ?

Les revendications du SNES-FSU sont irriguées par une autre conception du métier de psychologue du second degré, qui s’appuient sur nos missions actuelles et non sur leur réduction à l’information et à l’intervention pour l’accompagnement des projets d’orientation des publics vulnérables. Elles considèrent la projection dans l’avenir comme faisant partie intégrante de la quête d’identité à l’adolescence et les conditions de l’équilibre psychologique des jeunes, comme devant prendre en compte la personnalité globale et un point de vue systémique.

La création d’un service de psychologie de la maternelle à l’enseignement supérieur et la dénomination des CIO en « Service local de psychologie de l’Éducation nationale pour l’accompagnement de la scolarité et l’orientation » correspond bien plus aux missions et aux activités des PsyEN et des DCIO. C’est cette structuration à tous les niveaux du système éducatif qu’il faut obtenir !


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