Depuis la tenue des assises de la psychiatrie en 2022, des assises de la pédiatrie en 2024 et du comité stratégique pour la santé mentale en juin 2025, un feuille de route déployant une reconfiguration des soins psychiques a été mise en œuvre.

Elle s’articule autour de 3 axes.

  1. Une focalisation sur le repérage précoce

Les missions attribuées à l’École et énoncées lors des assises de la santé scolaire portent sur la détection. La désignation de personnels repère dotés de « kits de repérage » et le développement d’actions sur les compétences psychosociales constituent les objectifs prioritaires.

  1. La facilitation de l’accès aux soins

Celle-ci passe par la mobilisation de structures dépendant du ministère de la santé et des ARS: les contrats locaux de santé (CLS) et les conseils locaux de santé mentale (CLSM). Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) sont des associations loi 1901, regroupant les personnels libéraux souhaitant conventionner avec l’ARS et obtenir des financements. Alors que les CLS et CLSM comportent des instances où les différents acteurs peuvent être présents, les CPTS n’en ont pas et contractualisent avec les chefs d’établissement directement.

  1. Le développement de conventions

Les ARS favorisent la signature de convention, à partir d’appel à manifestation d’intérêt. Ces conventions consistent le plus souvent à proposer à des psychologues libéraux, issus d’associations ou exerçant dans les MDA ou les EMS, d’intervenir dans l’ École pour des actions d’écoute et d’accompagnement des élèves, qui se substituent aux missions statutaires des PsyEN

Cette tendance est aggravée par la création des PAS qui se veulent des « guichets uniques » compétents pour définir la nature des difficultés des élèves et pour mobiliser différents acteurs extérieurs en tant qu’experts. (voir les articles sur le PAS dans les publications septembre 2025 et septembre 2026)

Le déploiement de cette politique montre la prééminence du Ministère de la santé et l’extrême passivité, voire le laisser faire de l’Éducation nationale !

  • Aucun cadrage de ces conventions qui mènent au conflit d’intérêt puisque des psychologues libéraux interviennent dans les EPLE des territoires sur lesquels ils exercent à titre privé. Les règles déontologiques de la fonction publique ne sont même pas respectées.
  • Absence de prise en compte des avis et compétences des PsyEN et DCIO intervenant sur le secteur et ignorance délibérée de leurs missions statutaires.
  • Pas d’articulation avec le travail de suivi et d’accompagnement mené par les PsyEN dans leurs écoles et établissements.
  • Aucun respect du code de déontologie des psychologues 1-

L’argument du manque de disponibilité des PsyEN relève d’une duplicité insupportable et il est regrettable que certains personnels s’en saisissent pour contribuer aux attaques contre le métier de PsyEN.

Alors que le MEN dispose d’un corps de psychologues formés pour intervenir en milieu scolaire, il en réduit sciemment les recrutements et donc le temps de présence possible dans les écoles et les EPLE. Il préfère recourir à des psychologues libéraux·les ou appartenant à des associations qui seront rémunéré·es avec l’argent public mais ne seront pas fonctionnaires.

Du point de vue pratique, on ne voit pas bien quel bénéfice l’intervention de psychologues ne connaissant ni l’institution scolaire, ni parfois précisément le développement psychologique et social de l’enfant et de l’adolescent serait à même d’apporter ? Avec un temps de présence souvent équivalent à une demie journée par semaine, une limitation des entretiens et de la durée du suivi, des pressions des EPLE pour trouver des solutions rapides, quelle qualité du travail attendre de ces interventions ?

Encore une fois la logique gestionnaire consistant à affaiblir encore le service public au profit du privé et un mépris pour le travail réel mené par les PsyEN et les DCIO expliquent ces dispositifs.

1- Article 16 selon lequel face à un risque de conflits d’intérêt le ou la psychologue est amené à se récuser.

Article 28 qui indique que « Lorsque plusieurs psychologues ont connaissance d’intervenir conjointement dans le cadre d’une même situation ou dans un même lieu professionnel, elles·ils se concertent pour préciser la nature et l’articulation de leurs interventions. »


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