Avec la profession mobilisée, le SNES-FSU a sorti la réforme du « Choc des savoirs » par la porte avec ses groupes de niveau et son DNB obligatoire pour passer au lycée. Mais la voilà qui revient par la fenêtre ou plutôt les fenêtres car les offensives se multiplient :
– dans les « 800 collèges en progrès » qui fonctionneront tous différemment, mais où on commence à attaquer la professionnalité des personnels à travers l’imposition de « bonnes pratiques » : groupes de niveau résiduels par manque de moyens horaires ou « soutien/ approfondissement » moins onéreux, conseils appuyés menant vers l’enseignement explicite canadien,professeur.es des écoles qui viennent enseigner au collège préparant le modèle d’une « École fondamentale » ou « école du socle » qui pourra être séparée du lycée.
– le reflux démographique dont le ministère veut tirer prétexte, dans 18 départements « expérimentaux pour rassembler des élèves d’élémentaire dans des collèges, ruraux notamment mais pas seulement. Des professeur.es risquent d’y accepter davantage les échanges de service interdegrés ou la bidisciplinarité pour éviter d’accumuler les kilomètres en voiture pour compléter leur service. Face aux dégradations des conditions de travail et à l’inflation, ces choix pourraient leur paraître un moindre mal à court terme.
– un DNB dont le ministère ne cesse de changer les règles en cours d’année, même à quelques semaines de l’examen, complètement décrédibilisé par le ministre qui se félicite du taux d’échec annoncé en augmentation et qui investit dans un concours général des collèges pour une poignée de meilleur.es élèves.
– un retour aux moyennes disciplinaires pour le DNB, ce qui existait avant 2016 sans poser de problème majeur, mais qui donne lieu aujourd’hui à une défiance envers la profession. Le ministère installe le même type de « fabrique de la note » artificielle que pour le baccalauréat avec des protocoles d’évaluations, non réglementaires, dans les établissements et des commissions d’harmonisation qui débordent déjà sur les vacances dans les académies de Paris, Créteil et Versailles.
– les prépa-seconde qui renaissent et se pérennisent alors qu’E. Borne en avait prévu l’extinction. Classe de relégation sans programme et seulement 20 heures d’enseignement disciplinaires qui prétendrait préparer au lycée. Le SNES-FSU a insisté et obtenu que le ministère ajoute dans son futur texte règlementaire que les élèves pourraient y préparer le DNB ! La première réponse du ministère ayant été qu’il ne serait pas valorisant pour ces élèves de se confronter pour la deuxième fois à un échec à l’examen ! Quelle ambition éducative vraiment !
Tout se resserre pour activer un DNB obligatoire au lendemain des élections présidentielles, avec un palier d’orientation en fin de Cinquième (dans la logique du plan Avenir dès la 5e),et la généralisation du sas d’exfiltration des élèves les plus faibles en prépa-seconde.une fois leurs 16 ans révolus.
En ce qui concerne les personnels, ce glissement vers le modèle de l’« École fondamentale », au moins en zone rurale puis en éducation prioritaire, feront prendre à toute la profession le toboggan vers la fusion du corps des professeur.es et de celui des PLC qui travaillent en collège, avec des ORS moins favorables (plus d’heures face aux élèves). Seul.es les agrégé.es pourraient alors enseigner au lycée. C’est ce que demande depuis des années la Cour des comptes, différents think-thank et des députés centristes (tribune dans le Monde en 2019). C’est aussi pourquoi la défense des statuts de la fonction publique demeure fondamentale.
Le reflux démographique aura bon dos pour invisibiliser la baisse des flux d’élèves vers les lycées. Pendant ce temps, la démassification de l’enseignement supérieur est déjà amorcée et les élèves et leur familles en ont bien conscience, dont l’angoisse se catalyse sur Parcoursup, la porte des études post-bac qui pourrait se fermer devant eux.
C’est un tout autre projet que le SNES-FSU conçoit pour le collège, et que pourrait porter le reflux démographique : des classes aux effectifs permettant une École réellement inclusive avec 20 élèves maximum (16 en éducation prioritaire) dans des bâtis suffisants et rénovés, un collège fondé sur l’enseignement disciplinaire sans éparpillement dans de multiples « éducations à » avec des professeur.es formé.es de façon robuste, plus de temps d’enseignement avec des dédoublements garantis pour étayer les élèves en difficulté sans externaliser leurs prise en charge.






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