La santé des personnels et des élèves mises en danger
Pour la deuxième fois consécutive en quelques semaines, le SNES-FSU a été en mesure de faire ce que le ministère ne fait pas : cartographier l’état des températures dans les collèges et les lycées, grâce à sa « météo des classes ».
– lors de première vague de notre météo des classes, fin mai, 78 % des collèges et des lycées ont relevé une température de plus de 30 degrés, 87 % des établissements n’ont pas mis en place de mesures d’adaptation.
– lors de la deuxième vague, entre le jeudi 18 et 19 juin, 88% des réponses indiquent un collège ou un lycée où la température dépasse les 30 degrés.
Par la suite, les témoignages ont afflué, thermomètres à l’appui :
– des températures qui dépassent systématiquement les 30 degrés pour les cours et les épreuves d’examen (brevet, oral de français au bac et grand oral)
– des malaises pour les personnels, comme les élèves, avec parfois l’appel aux SAMU ou aux pompiers et des collègues qui ont fini aux urgences
– des élèves qui saignent du nez, se plaignent de ne plus arriver à se concentrer et à finir leurs épreuves
Les témoignages recueillis pendant l’épreuve de français du DNB, maintenue le 26 juin, après les deux journées (et nuits) les plus chaudes sont édifiantes. Pas de pause fraicheur comme l’annonçait le ministre (mais, de toutes façons, où pouvait bien être la fraicheur ?), élèves déplacés au grès des variations de températures, et des averses, entre les salles, le couloir et l’extérieur, malaises…. Le ministre a de fait, tenu une épreuve, marquée par une rupture manifeste d’égalité entre les candidats.



Un indicateur révélateur : les fiches Santé et Sécurité au Travail déposées par les collègues
Le SNES, avec l’intersyndicale a appelé les collègues à se saisir de tous les outils (fiches SST, droit de retrait, grève, interpellation des rectrices et des recteurs….). Le bilan des fiches SST est révélateur de la dégradation des conditions de travail et de la mise en danger des collègues par l’employer, pourtant responsable des conditions de travail des agents.
Le tableau ci-dessous présente un bilan du dépôt des fiches par les collègues par académie par tous les personnels (1er, 2d degré etc). Au total, ce sont plusieurs milliers de collègues qui ont alerté sur leurs conditions de travail. Le nombre de fiches déposées en quelques jours est sans précédent, avec une augmentation, au fil des heures, qui a suivi et dépassé le rythme d’augmentation des températures !
L’administration ne peut rester silencieuse.

Un cadre ministériel, quel cadre ?
Sans cap clair, si ce n’est celui du renvoi au local, sans moyens, si ce n’est l’énergie (et les ventilateurs personnels) des collègues qui tiennent seuls les collèges et l’organisation des examens, le ministre peut assurer, à chaque intervention médiatique, que tout a été « anticipé », qu’il n’y a « pas de désorganisation » (point presse du lundi 22 juin). En réalité, le fonctionnement de ces derniers jours conduit à une forme de garderie, où les autorités nationales, académiques et départementales ne cessent de se défausser de leurs responsabilités. Refuser de prendre des mesures de protection collective comme le fait le ministère, c’est individualiser les risques et donc les responsabilités. C’est doublement irresponsable : d’une part en mettant en danger les personnels et les élèves, d’autre part en affaiblissant le service public d’Education.
Le SNES-FSU a exigé des mesures générales qui correspondent au niveau de vigilance et qui permettent d’avoir un cadre de décision global. Par exemple, pour les zones en vigilance orange, un fonctionnement nécessairement aménagé, par exemple au niveau des horaires. Pour la zone en vigilance rouge, cela pourrait être un fonctionnement en accueil minimum pour les élèves dont le domicile est plus chaud que l’établissement et suspension des cours.
Les personnels se sont retrouvés, seuls dans des salles surchauffées, seuls à bricoler, au sens propre comme au sens figuré, pour aménager leurs espaces de travail et les espaces d’accueil des élèves, ici avec une couverture de survie, là avec du scotch ou un tournis, ou ici avec du matériel personnel (brumisateurs etc).
L’action du SNES-FSU
Dès les premières alertes aux fortes chaleurs, le SNES-FSU a informé les collègues de leurs droits et de la réglementation existante. Il a appelé à se saisir de tous les outils individuels et collectifs pour agir et se protéger. Les sections académiques du SNES-FSU ont conseillé de nombreux collègues et interpellé les rectrices et les recteurs.
Dans les trois réunions de crise ministérielles, dont une en présence du ministre, après avoir dénoncé l’impréparation manifeste, le manque d’anticipation et la cacophonie ambiante, le SNES-FSU est intervenu et a obtenu gain de cause sur la situation des personnels vulnérables, mais aussi celle des collègues se retrouvant en garde d’enfants du fait de la fermeture de l’école. Le ministre avait assuré qu’il n’y aurait pas d’injonctions et de pressions au présentéisme quand le SNES-FSU a alerté sur les réunions maintenues, en présentiel, l’après-midi, dans des collèges déserts ou les pressions pour que les AED et les AESH restent toute la journée dans des établissements sans élèves. Il a fallu une nouvelle intervention du SNES-FSU pour que la consigne de réunions, a minima en hybride, ou en les reportant, soit enfin passée. Pour les corrections du brevet, la demande du SNES-FSU de laisser le choix aux correctrices et correcteurs entre la correction sur site et à domicile sera reprise et diffusée aux centres de correction.
Quelques lignes ont bougé mais qui n’efface pas la défaillance de l’Etat employeur.
Et maintenant ?
Le SNES-FSU exige que toutes les leçons soient tirées de cette crise. Cela suppose des réunions de bilan, notamment à travers la F3SCT ministérielle. Il est tout aussi crucial, et urgent, d’anticiper sur la rentrée : la trajectoire du réchauffement climatique a montré que les épisodes de fortes chaleurs commencent plus tôt (on l’a vu cette année en mai) mais continuent aussi plus tard, y compris en septembre.
Le protocole publié il y a quelques semaines doit être enrichi, avec des cadres clairs d’action globale.
Le plan de rénovation thermique du bâti scolaire doit être engagé et accélérer sans tarder. Il est estimé à 4 à 5 milliards d’euros (soit 2% des aides aux grandes entreprises en 2023 ou 1% du patrimoine de Bernard Arnault) pendant 10 ans. Cela suppose de rompre avec les logiques austéritaires qui ont conduit les derniers gouvernements à sabrer dans le Fond Vert, à l’image du budget 2026 où il est passé sous la barre du milliard d’euros. Dans l’attente de la fin de la rénovation thermique des collèges et des lycées, des solutions d’appoint car d’urgence doivent être mises en oeuvre, notamment pour faire baisser les températures dans les salles sans annuler l’exigence de travaux plus structurels.
Le SNES-FSU fait des propositions ces dernières années pour que les épreuves écrites de bac et de brevet ne se tiennent que le matin. Les épreuves de spécialité ont ainsi été placées cette année uniquement le matin. Pour le brevet, en septembre 2025, le SNES-FSU avait fait la proposition d’épreuves sur 4 demi-journées, option repoussée par le ministère ! Le SNES-FSU portera ses revendications dans les discussions annoncées par le ministre pour les prochaines semaines.
| La situation dans l’Hexagone ne doit pas faire oublier celle des DROM où la situation n’est pas meilleure. Aucune organisation n’est pensée pour permettre aux communautés scolaires de faire face aux pics de chaleur et ces territoires restent à l’écart des niveaux de vigilance météorologiques. Le SNES-FSU demande d’inclure les DROM dans la mise en place d’un plan d’action permettant la prise en compte des températures élevées, et des taux d’humidité élevés. |
Plus généralement, pour faire face au dérèglement climatique de manière juste, les pouvoirs publics doivent assumer une prise en charge collective du risque, soit exactement l’inverse de ce qui a été fait, par exemple dans l’Education nationale (responsabilités diluées dans le renvoi au local etc).
Dans cet épisode caniculaire, l’Ecole et les hôpitaux n’ont pas été pas loin de craquer, comme à la moindre crise (virus, chaleur etc) vu leur état de dénuement absolu. Ces services publics sont constamment sous tension, et le moindre évènement place tout le système pas loin de l’effondrement. Il ne tient, en définitive, que par l’engagement et le sens du service public des agents qui pallient ainsi les carences et même les défaillances de l’Etat. Il y a là, une forme de cynisme de la part des autorités de compter sur l’engagement des personnels avant toute chose, avant même d’engager les moyens nécessaires, cynisme qui vient, petit à petit, vient agrandir le fossé entre le personnels et l’institution.
Il y a urgence à investir dans les services publics, pour en faire les outils des politiques d’adaptation, articulée à des mesures d’atténuation.



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