Le 31 août, Édouard Geffray affirmait que les professeurs absents et non remplacés seraient un phénomène « marginal ». 5 semaines après, face à la réalité et sous la pression du mouvement lycéen, le ministre de l’Éducation nationale annonce un plan d’urgence pour le remplacement. TZR, non titulaires, réactivation du Pacte…Les déclarations du ministres relèvent d’effet d’annonce d’un gouvernement aux abois, qui ne vont pas résoudre durablement la question du remplacement, et plus généralement les problèmes dénoncés par les lycéens et que le SNES-FSU pointe depuis de nombreuses années (par exemple, sur le manque de personnels, l’enquête de rentrée du SNES-FSU).

Des annonces précipitées

Mercredi 7 octobre au soir, Sébastien Lecornu se présente devant les caméras pour une prise de parole sur les crises du moment : mobilisation lycéenne, prix du carburants, situation des agriculteurs. Au bout de quelques dizaines de minutes, le constat est édifiant : en dehors de quelques mots d’empathie pour les lycéennes et les lycéens, rien, aucune annonce concrète au lendemain d’une des grandes mobilisation de jeunesse de ces 20 dernières années ! Quel mépris….et le lendemain, le ministre de l’Éducation nationale annonce, en cours de journée, qu’il annoncera un plan d’urgence sur le remplacement dans « quelques heures ou quelques jours » (aussi précis que la fourchette de livraison qu’une marque de meuble suédoise). Avant de se pointer, au 20h de TF1, pour expédier en 5 mn trois annonces prétendument fracassantes : le déploiement de 3024 professeurs remplaçants dans les lycées les plus sous tension en matière de personnels non remplacés, le déblocage de crédits pour recruter des professeurs non-titulaires et la réactivation du Pacte, en particulier des remplacements de courte durée.

3024 professeurs sortis du chapeau du ministre

C’était l’annonce choc d’Édouard Geffray : 3024 professeurs remplaçants, des TZR, qui vont arriver dans les lycées sous tension entre vendredi et mardi. Immédiatement, les premières réactions fusent : mais d’où sortent-ils ? Pourquoi le ministère n’a pas tenté de résoudre le problème de remplacement avant (en dehors du fait que le ministre le jugeait marginal) ? Et, sans surprise, avec cette annonce et le chiffre annoncé, le prof-bashing reprend de plus belle : pour certains commentateurs, il existerait donc « des professeurs payés à ne rien faire ». Le SNES-FSU dénonce ces discours dénigrants et qui sont sans commune mesure avec la réalité du quotidien des TZR. Ces derniers, lorsqu’ils n’ont pas d’affectation, sont dans leur établissement de rattachement administratif, où ils effectuent des activités de nature pédagogique dans leur discipline en attendant un arrêté d’affectation sur une suppléance. Il est bien commode, une fois de plus, de faire porter aux personnels, la responsabilité de ce que l’institution n’arrive pas à faire !

Ceci n’est pas du remplacement !

Sur la base de premiers retours de collègues TZR, mais au regard de l’expérience du SNES-FSU sur l’accompagnement des TZR chaque année, le SNES-FSU a alerté le ministère sur les dérives déjà constatées en demandant que l’administration veille à ce qu’elles ne se reproduisent pas lors de l’affectation en urgence des TZR concernés : affectation hors de la discipline de recrutement ou hors de la zone de remplacement. Lors d’une réunion avec les organisations syndicales, le ministre s’est engagé à faire respecter les règles d’affectation existantes. Le SNES-FSU a immédiatement rappelé aux collègues leurs droits et l’accompagnement du SNES-FSU notamment en cas de demande de révision d’affectation. Les TZR ne sont pas des pions que l’administration peut faire bouger au gré de ses envies mais aussi de ses manquements.

Le SNES-FSU a aussi pointé les limites de l’annonce ministérielle : au regard des TZR qui ne sont pas affectés et des besoins dans les établissements, l’offre ne correspond pas à la demande. Pour le SNES-FSU, il n’est pas question de piétiner la discipline de recrutement des collègues. Dans le cas où un professeur serait affecté sur un remplacement qui ne correspond pas à sa discipline, le ministre assure que c’est pour assurer des activités pédagogiques comme du soutien, de l’accompagnement à la reprise de cours. Ce n’est donc pas du remplacement poste pour poste et les heures restent perdues ! De plus, ce sont les activités que les TZR assurent dans leur établissement de rattachement quand ils sont en attente de suppléance : à quoi bon les envoyer dans un autre établissement où ils ne vont pas assurer de remplacement ?!

Le réemploi de non titulaires

Le ministre de l’Education nationale a également annoncé le déblocage de crédits pour embaucher plusieurs centaines de professeurs non titulaires. Cette annonce survient 1 mois après un véritable plan social déguisé dans de nombreux rectorats. En effet, dans plusieurs académies, des centaines de professeurs non titulaires en CDD n’ont pas été renouvelés, brutalement, les laissant une grande précarité. Le SNES-FSU avait dénoncé ces décisions, alors même que les besoins en remplacement étaient évidents et allaient être croissants au fil des semaines. D’ailleurs, certains rectorats ne s’en cachaient pas et demandaient aux collègues concernés de rester disponibles pour un nouveau contrat en vue de remplacements plus tard dans l’année.

Aujourd’hui, le ministère revient en partie sur sa décision. Quel gâchis humain ! Le SNES-FSU rappelle son exigence d’un plan de titularisation qui permettra de sortir ces collègues de la précarité.

Le retour du Pacte

L’action syndicale, en particulier la campagne du SNES-FSU #NonAuPacte, a permis d’affaiblir considérablement le Pacte. Mesure totem d’Emmanuel Macron qui ne peut concevoir la revalorisation sans contreparties, le Pacte était synonyme de travail supplémentaire et d’attaques insidieuses contre le statut. Le SNES-FSU a appelé à ne pas signer le pacte, qui n’est pas de la revalorisation, mais la rémunération d’un travail fait, et qui s’avère surtout être un travail supplémentaire, dans un contexte où les personnels croulent déjà sous le travail : la DEPP estime ainsi le temps de travail hebdomadaire des enseignants à un peu plus de 41h par semaine. Le Pacte c’était donc du « travailler plus pour s’épuiser plus ! ».

Depuis 2023, au fil des années et des rentrées, les dotations pactes ont diminué, en même temps que le nombre de signataires stagnaient, voire diminuaient. Les rectorats tentaient de sauver la face en faisant faire tout et n’importe quoi sous couvert de pacte. Mais le Pacte était bien en voie d’extinction !

Mais le revoilà sorti du chapeau du ministre : 18 000 parts de pacte vont être redistribuées aux différentes académies et aux établissements dès ce début de semaine. Comme un symbole d’un gouvernement sous pression qui, 5 semaines après avoir repris l’argent du Pacte, ne trouve rien de mieux à faire que de le remettre dans le circuit. Pour le SNES-FSU, cette annonce est une nouvelle provocation ! Elle va venir encore alourdir la charge de travail des professeurs, et leur fait porter la responsabilité de pallier, seuls, les carences de l’institution en matière de remplacement. Elle jette aussi potentiellement l’opprobre sur les personnels : parce qu’ils refuseront, légitimement, le pacte, l’opinion publique les considérera comme responsable des problèmes persistants de remplacements.

Les solutions, les vraies, sont connues !

Le SNES-FSU rappelle que pour que les remplacements soient effectifs, il faut des….remplaçants. Affirmation basique mais que les différents gouvernements semblent avoir oublié, supprimant ici des postes de TZR, refusant là la revalorisation qui permettrait de recrutement davantage de personnels par les concours.

Revalorisation, créations d’emplois, avenir de l’Ecole publique…le SNES-FSU appelle les personnels à la grève le 13 octobre ! (voir le tract avec notre plan d’avenir)


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