Après plusieurs semaines d’une mobilisation lycéenne d’une ampleur inédite et qui s’est poursuivie pendant les vacances, le gouvernement a placé la rentrée sous le signe de la répression policière. En deux jours, le SNES-FSU a été témoin de nombreux agissements violents des forces de police contre les élèves, les professeurs ou d’autres personnels, comme notre collègue infirmière scolaire à Montpellier. La stratégie du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur semble claire : casser le mouvement par la force et la répression, estimant avoir répondu aux revendications de la jeunesse.

Une rentrée préparée….par le ministère de l’Intérieur

Dès la veille de la fin des vacances, le message était explicite : « la direction nationale de la sécurité publique a demandé aux policiers de préparer la rentrée ». Visiblement, le gouvernement est prêt à mettre un policier devant chaque classe plutôt qu’un professeur.

Dès lundi, la police était présente en nombre devant les établissements mobilisés. Comme avant les vacances, il n’y a pas eu de « retenue » dans un grand nombre d’interventions. La préfecture semble désormais être la seule pilote dans l’avion, sans plus aucune latitude ou marge de manœuvre pour l’Éducation nationale. Quelques exemples et témoignages, non exhaustifs, le 3 novembre au soir.

  • Mardi 3 novembre, une lycéenne a été arrêtée et placée en garde à vue devant le lycée de Toulouse-Lautrec (Toulouse), alors qu’elle participait à la mobilisation lycéenne en cours. En effet, les jeunes avaient organisé ce matin un barrage filtrant pacifique devant le lycée pour sensibiliser leurs camarades. Les forces de l’ordre ont fait usage de lacrymogènes, puis ont repoussé les jeunes et les enseignants vers les grilles du lycée.
    Nous condamnons l’usage de la violence par les forces de l’ordre. Nous soutenons et nous rejoignons la  mobilisation pour une école plus égalitaire et pour de meilleures conditions de travail et d’étude
    .
    Les personnels du lycée Toulouse-Lautrec réunis en assemblée générale le 03/11/2026 Soutenu par les sections locales de CGT éducation, SNES-FSU et SUD éducation.
  • Ce lundi 2 novembre, la réponse a cependant été la même devant les lycées de l’agglomération grenobloise avec des interventions violentes des forces de l’ordre, des fouilles des sacs des personnels des établissements, des tirs de LBD et des gazages sans sommation, des arrestations d’une violence inacceptable.
    Le SNES et la FSU ont condamné sans ambiguïté les violences contre les personnes et les dégradations. Mais il et elles dénoncent aussi une doctrine du maintien de l’ordre qui met en danger les manifestant·es, et oppose des réponses répressives a priori.
    Alors que de nombreux adultes étaient présent·es devant les lycées ce matin pour garantir les droits des lycéen·nes à exposer leurs revendications dans le calme, les interventions des forces de l’ordre ont clairement visé des personnels et des propos inacceptables ont été tenus. Le SNES-FSU apporte son soutien aux personnels et aux jeunes blessé·es.
    Le SNES-FSU, au côté des personnels, demande que Monsieur le Recteur intervienne auprès de la préfète de l’Isère pour que cesse cette répression et qu’il protège les personnels et les élèves.
    Le SNES-FSU appelle l’ensemble des personnels à être solidaires des lycéen·nes, y compris par la grève et à se mettre massivement en grève le 5 novembre. (Article complet du SNES-FSU Grenoble)
  • Dans l’académie de Créteil

Communiqué des personnels d’éducation du lycée Olympe de Gouges (Noisy Le Sec)

Ce matin, mardi 3 novembre 2026, comme depuis le début de la mobilisation, les lycéen•nes ont bloqué le lycée pacifiquement soutenu•es par des personnels d’éducation et des parents. À 8h50, le proviseur nous a prévenu que la DASEN envoyait les forces de l’ordre pour que le blocus soit levé et le lycée réouvert. Vers 11h, au moins une vingtaine de policiers sont arrivés, ont demandé à ce que le blocus soit levé. Après un temps de discussion, les élèves ont dégagé le passage permettant l’accès à l’établissement. Le blocus était levé. Pourtant, les policiers étaient prêts à charger. Nous, personnels, avons constitué une chaîne humaine afin d’être un rempart entre la police et les élèves, pour éviter des heurts. Alors que la situation était pacifique et le blocus levé, les policiers ont chargé à quatre reprises en poussant, matraquant, piétinant, insultant professeurs et élèves, y compris à terre, sous l’œil de la direction. De nombreux•ses professeur•es et des élèves ont été blessé•es sous les coups de la police. L’ensemble de la communauté éducative est profondément choquée par l’usage incompréhensible de la violence à son encontre. Cette situation est inadmissible. Il est impensable que nous reprenions les cours après de telles violences.

Nous dénonçons la réponse répressive inédite face aux revendications lycéennes que nous continuerons à soutenir.

A Sevran, les policiers sont venus fouiller les élèves à l’intérieur du lycée. Dans le 94, les violences et tensions ont été très nombreuses

🔴 Ce matin, à Sevran, c’est au sein même de leur lycée que des policiers sont venus fouiller et intimider les élèves dès 8h.La jeunesse est traitée en menace à contrôler tandis que les lycées sont devenus le terrain d’interventions policières quotidiennes. L’école doit émanciper pas soumettre !

— SNES-FSU 93 (@snesfsu93.bsky.social) 2026-11-03T11:55:05.571Z
  • A Rennes, des élèves ont été arrêtés et mis en garde à vue pour « vol de poubelles » qu’ils avaient simplement déplacées. Des personnels ont aussi été mis en garde à vue, venant grossir les rangs des milliers d’élèves et d’adultes mis en garde à vue dans le cadre de ce mouvement, avec des chiffres qui dépassent ceux du mouvement des Gilets jaunes !
  • En Normandie, les élu·es FSU, CGT et FO à la FS SSCT académique ont refusé de siéger face à la rectrice de Normandie pour protester contre la répression par la force du mouvement lycéen. Des élèves étaient encore en garde à vue aujourd’hui.
  • A Lille, la relance de la répression policière s’est aussi fait sentir dès lundi.

Laurent Nuñez n’est pas ministre de l’Éducation nationale

Le SNES-FSU dénonce fermement ce choix fait par le gouvernement de la répression pour mettre un terme au mouvement lycéen. Il apporte tout son soutien aux élèves et aux personnels violentés par la police. Qu’elles sont loin les grandes déclarations du Premier ministre sur l’importance du dialogue. Cette stratégie de la violence contre la jeunesse est inacceptable, elle doit cesser ! Les élèves mobilisés ont le droit de s’exprimer et de se mobiliser en respectant les droits de tous les élèves. Ils doivent avoir des lieux pour tenir des réunions, des AG et ainsi décider démocratiquement de la suite de la mobilisation pacifique et déterminée.
La stratégie gouvernementale est irresponsable : elle ne peut qu’accroître les tensions, et laisser prospérer une défiance profonde des élèves et des personnels envers les institutions. C’est donc aussi la confiance dans la démocratie qui est abîmée. Ce gouvernement et le Président de la République en sont comptables.

Le SNES-FSU rappelle que le ministère de l’Éducation nationale est 110 rue de Grenelle, pas Place Beauvau. Le SNES-FSU exige que la doctrine du maintien de l’ordre défendue par le ministre de l’Intérieur cesse d’être la boussole de la réponse à apporter aux lycéennes et aux lycéens.

En respectant l’indépendance du mouvement lycéen, le SNES-FSU appelle à se tenir aux côtés des lycéennes et des lycéens. Une présence adulte, par exemple devant les lycées, doit permettre de garantir, pacifiquement, un contexte serein pour ces mobilisations.

La grève du 5 novembre pour nos salaires et l’avenir de l’École doit être massive. Dans un moment charnière pour le mouvement social, alors que le gouvernement est sur la défensive et que le rapport de force est de notre côté, la participation de chacune et chacun va être décisive. C’est le moment de généraliser la grève et de massifier la mobilisation pour gagner ! Le SNES-FSU discutera des suites rapides à donner à cette journée, en s’appuyant sur une grève massive le 5 novembre.


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