M. Robin BOSDEVEIX, adjoint à la cheffe de l’IGÉSR, chargé de missions et membre du comité de direction ; Mme Isabelle BOURHIS, IGÉSR ; Mme Laurence LEYENDECKER, pôle EVS de l’IGESER ; M. Yves DELECLUSE, IGÉSR ; Mme Carole Laugier DGRH (en visio) ont reçu, pour une heure vingt d’audience, la délégation du SNES-FSU, représentée par Gwenaël Le Paih, secrétaire général-adjoint, Clarisse Macé et Olivier Raluy, secrétaires de catégorie CPE et Maeva Bismuth, CPE élue de la FSU à la CAPN.
Introduction par Gwenaël Le Paih, secrétaire national adjoint du SNES-FSU
La volonté du SNES-FSU, à l’occasion de cette audience, est de pouvoir échanger sur le métier et la catégorie des CPE dans un contexte où le ministère entend déployer plusieurs dispositifs censés répondre à de nombreux enjeux vie scolaire : climat scolaire, lutte contre le harcèlement, santé mentale des jeunes… Des échanges ont certes déjà eu lieu dans le cadre de la réforme de la formation initiale, mais ceux-ci n’ont pas été sans nous alerter et inquiéter. Le SNES-FSU s’oppose à cette réforme. La rédaction du nouveau référentiel de formation des CPE est révélateur des dérives managériales que le ministère entend imposer au métier de CPE. Les CPE sont une singularité du système éducatif français et s’inscrivent dans les enjeux de la démocratisation. Elles et ils ont un rôle spécifique à jouer et le faible accompagnement institutionnel de la circulaire de missions depuis dix ans en est d’autant plus condamnable. La question de l’éventuel transfert de missions vers les enseignant·es n’est pas acceptable pour le SNES-FSU.
Le SNES-FSU, syndicat majoritaire chez les CPE, porte des revendications pour la catégorie dans lesquelles les collègues se reconnaissent. La volonté des CPE d’avoir de réelles évolutions de carrière pose la question de l’accès à la classe exceptionnelle mais aussi celle de la création d’une agrégation d’éducation que nous revendiquons. C’est par cette agrégation, portée par le SNES-FSU, que l’expertise professionnelle des CPE pourra être valorisée.
1- Circulaire de missions des CPE : un accompagnement institutionnel insuffisant
SNES-FSU
Depuis 56 ans, les différentes circulaires de missions des CPE, et plus particulièrement celles de 1982 et 2015, ont défini les contours d’un métier complexe et innovant qui allie à la fois pédagogie et éducation. Notre métier s’est construit dans un contexte de démocratisation et d’ambition autour d’une relation spécifique à l’élève et d’une implication dans les équipes pédagogiques comme éducative.
En août 2025, la circulaire de missions des Conseillers Principaux d’Éducation (CPE) a soufflé ses 10 bougies. Le SNES-FSU a d’ailleurs tenu à consacrer sa 5ème rencontre sur le métier à cet anniversaire afin d’en dresser un bilan et des perspectives pour notre profession. Durant ces dix années, le SNES-FSU a œuvré à l’application sur le terrain de la reconnaissance professionnelle des CPE actée par le texte de 2015 et au positionnement du CPE comme « concepteur de son activité ».
Le SNES-FSU rappelle qu’il a pris toute sa place lors des discussions pour que ce texte soit une nouvelle étape dans la consolidation du métier. La profession s’est d’ailleurs reconnue dans cette avancée comme l’indiquent les résultats de notre dernière enquête métier SNES-FSU menée auprès de la catégorie. Mais comme à chaque étape de consolidation du métier, des résistances apparaissent. S’affirment à nouveau des dérives managériales (comme celles des années 2000 qui ont maltraité le métier) qui font perdurer le hiatus entre métier prescrit par les textes et métier imposé par les hiérarchies intermédiaires. Nous déplorons le faible accompagnement institutionnel de la circulaire.
Rentrée après rentrée des chef·fes d’établissement et IPR persistent dans une lecture à contre sens : un·e CPE « chef·fe de service », «conseiller·ère technique » du seul chef, loyal·e et ne devant pas compter son temps, chargé·e de rédiger « un projet de vie scolaire » et faisant l’objet de « lettre de missions»… Avec, pour compléter l’ensemble, des pressions hiérarchiques toujours bien présentes notamment sur le temps de travail. Des exemples précis concernant tous ces points sont donnés à l’image de l’académie de Lyon, où il est demandé aux collègues une remontée de leur « projet vie scolaire » aux fins d’une étude commandée par le pôle Établissements et Vie Scolaire de l’Inspection Générale. Faut-il rappeler que la circulaire de missions ne reconnaît qu’un « volet éducatif du projet d’établissement », façon d’affirmer explicitement la nature collective de ce travail.
Pour le SNES-FSU, la question de la formation des chef·fes d’établissement sur le métier de CPE est posée tant les malentendus demeurent. Idem pour les IPR. En cas de tension avec le chef d’établissement, l’IPR-EVS doit avoir un rôle de régulation et de conseil, ce qui trop souvent est loin d’être le cas. Quelle expertise réelle des IPR sur le métier sachant qu’ils et elles ne sont pratiquement jamais issu·es du corps ? Que compte faire l’IGESR en termes d’accompagnement de la circulaire et en termes de formation suite à la réforme engagée ?
IGERS
M. Bosdeveix souligne l’importance de l’apport du référentiel métier de 2013 et de la circulaire de missions de 2015 à la culture professionnelle précisant que celle-ci est toujours très forte autour des CPE. C’est dans cette continuité que s’est inscrite l’équipe ayant travaillé sur le nouveau Master.
2- Réforme de la formation initiale et référentiel de formation CPE
SNES-FSU :
Le SNES-FSU dénonce qu’encore trop d’entrant·es dans le métier ne bénéficient pas d’une formation initiale ambitieuse et sont utilisé·es comme moyens (ex contractuel·les, détaché·es…)
Il redit son désaccord vis à vis de la réforme de la formation initiale engagée qui s’apparente à une tentative de réécriture de la circulaire de missions qui ne dit pas son nom.
Dès la première mouture du texte de cadrage M2E mention « conseiller principal d’éducation » et du référentiel de formation CPE, le SNES-FSU a dénoncé la vision managériale de ces documents et la volonté ministérielle de réorienter le métier. Cette vision managériale est récusée par la profession qui ne se reconnaît pas dans une fonction de manager. Le management ne saurait être une voie de professionnalisation tant celui-ci peut être assimilé à un management « contre les métiers ». Sur ce point, plusieurs exemples de cette volonté de réorientation sont précisés. Le SNES-FSU a ainsi fortement insisté pour que soient intégrés dès le préambule de ces textes trois éléments : la mention de la circulaire de mission de 2015 ainsi que du référentiel métier de 2013, la reprise de la définition de la vie scolaire et le rappel d’un·e CPE concepteur et conceptrice de son activé. Il était impensable de donner un cadre et déterminer les objectifs de la formation sans s’appuyer sur le fondement des textes. Il est aussi impératif pour nous de réaffirmer la dimension éducative et pédagogique du métier.
Il s’agit moins dans ce référentiel de conforter l’autonomie réflexive des CPE dans l’intérêt des élèves que de cadrer très tôt des pratiques professionnelles inspirées par l’employeur, à la mode du moment, et à les fonder sur des tours de main plutôt que sur des savoirs et pratiques nourris de la recherche.
Le SNES-FSU interroge l’IGESR sur la suite qui sera donnée : quelles directives et déclinaisons dans les INSPE ? Sur la cartographie des formations, quid de la disparition de Caen de la liste, lieu historiquement emblématique de la formation des CPE ?
Le SNES-FSU fait part des remontées de plusieurs responsables de la formation dans les INSPE à propos de la passation des oraux du concours externe Master : « contrairement aux années précédentes, les jurys ne se sont pas présentés et impossibilité pour les candidat·es de connaître la fonction des membres du jury (IG, IPR, personnel de direction, CPE ?) ». S’agit-il là d’une nouvelle consigne dans la mesure où nous soupçonnons de nombreux jurys d’être composés essentiellement de personnel de direction et d’IPR ? Il nous est également remonté certaines pratiques : « jurys qui coupent la parole, soufflent, s’emportent, lisent leurs téléphones, se lèvent pour regarder par la fenêtre, se moquent des réponses… ».
IGERS :
– Monsieur Bosdeveix remercie le SNES-FSU pour la richesse de ses apports sur les différents référentiels et souligne avoir repris un nombre important de nos amendements. Il précise l’ambition de la réforme, gage selon lui de la qualité de la nouvelle formation initiale qui offre dorénavant une formation sur 7 ans.
Et de préciser que les blocs 1 et 2 du nouveau référentiel rendent bien compte de tous les aspects du métier de CPE.
– Madame Bourhis demande en quoi, selon nous, le référentiel ne serait pas en cohérence avec la circulaire de missions. Pour le SNES-FSU, le bloc 1 du référentiel prétend renvoyer au cœur du métier de CPE. Si le bloc 1 a été renforcé comme nous le proposions, il est loin d’être consacré au cœur du métier, à savoir le suivi et l’accompagnement éducatif des élèves. Les missions des CPE sont concentrées dans ce bloc sous la tutelle de l’encadrement, de l’organisation et de l’animation de l’équipe vie scolaire. Pour le SNES-FSU, la première finalité de la formation n’est pas « d’encadrer, organiser et animer l’Équipe de vie scolaire ». La première finalité est de mener à bien l’ensemble des missions définies dans les trois domaines de la circulaire du 10 août 2015. Quant au bloc 2, il est question de façon obsessionnelle d’évaluation dans une démarche essentiellement de pilotage « du service vie scolaire » lui-même au service du pilotage de l’établissement faisant fi de la singularité du regard des CPE dégagé de l’évaluation des élèves.
Autre manque de cohérence dénoncé, la persistance de l’IGESR à maintenir jusqu’à l’avant dernière version du référentiel des termes sans existence réglementaire tel que « CPE chef de service », « service vie scolaire », « projet vie scolaire », marques d’une dérive managériale, alors que dans le même temps les formulations du texte de 2015 étaient totalement ignorées : « politique éducative d’établissement », « volet éducatif du projet d’établissement ».
– Sur les oraux du concours M2, monsieur Delecluse dit ne pas avoir ces retours mais précise ne plus présider ce concours depuis cette année. Il a par contre présidé le concours L3 pour la session 2026. Occasion pour lui de noter que le retour des candidat·es quant à l’accueil est excellent. Le concours L3 reste attractif et sélectif (plus de 4000 inscrits pour 200 places). La majorité des candidat·es sont issu·es de licence et ne sont pas titulaires d’un master (plus de 60%).
– Sur la qualité des membres du jury. « Il ne leur appartient pas de se présenter par rapport à la profession, ce n’est pas le jury qui est évalué ». Cependant « la liste des membres du jury est affichée dans le centre, il est toujours possible de la consulter ». De plus, « il existe des auditeurs libres qui peuvent venir voir comment se déroulent les épreuves du concours. Ce sont d’ailleurs le plus souvent des formateurs INSPE ».
– Madame Leyendecker, vice-présidente du concours L3, se dit très satisfaite des moyennes obtenues par les candidat.es, ainsi que de leurs postures, de leur haut niveau de connaissances et d’engagement : « savent parler d’eux-mêmes et embrasser cette fonction avec conviction ».
– Sur la disparition de Caen comme lieu de formation, il s’agit pour l’IGESR de la conséquence de la fusion des deux académies de Rouen et Caen en une seule entité tout en se disant bien conscient de l’apport historique de ce lieu de formation au métier de CPE. Il n’était pas envisageable de maintenir deux pôles de formation CPE pour l’académie de Normandie.
3- Carrière et revalorisation du métier de CPE
SNES-FSU
Le SNES-FSU rappelle le déclassement salarial subi par la catégorie des CPE. Cette problématique n’est pas en soit propre à la catégorie, elle concerne l’ensemble des personnels de l’Éducation Nationale et plus largement l’ensemble de la Fonction Publique. C’est un réel problème.
Nous rappelons que dans les années 80 un·e CPE ou un·e certifié·e commençait sa carrière à plus de 2 SMIC contre 1,04 SMIC aujourd’hui. Depuis 2010, les prix ont augmenté deux fois plus vite que nos salaires et les mesures indemnitaires proposées depuis dix ans n’ont pas permis de limiter l’érosion. Les primes (IMP, PACTES) ne répondent pas non plus à cette problématique puisque les CPE s’en saisissent peu, compte tenu de la charge de travail déjà importante ou sont les oublié·es des personnels de direction.
La catégorie ne souffre pas (encore) de la crise d’attractivité, c’est un métier qui plaît, qui attire, qui interroge. Il s’agit donc de valoriser le métier à la hauteur de ses missions et des enjeux du service public. La catégorie a été particulièrement sollicitée ces dernières années, trop souvent au gré des enjeux de communication du ministère (COVID, santé mentale, Phare, pause numérique, etc) et au détriment d’une charge de travail qui ne cesse de s’alourdir, de conditions de travail qui se dégradent et d’une reconnaissance qui ne vient pas.
Pour le SNES FSU, il y a urgence à revaloriser les salaires et à travailler sur les fins de carrière qui manquent cruellement de perspectives.
Accès des CPE à la classe exceptionnelle
Le SNES FSU souligne le profond désaccord sur les modalités d’accès et la vision de ce que doit être la classe exceptionnelle. Il revendique un accès pour toutes et tous à ce grade, loin de la vision néolibérale de l’administration qui prône le mérite comme unique déterminant pour l’accès à ce grade. Il rappelle les principales problématiques liées à l’accès à la classe exceptionnelle :
- Les modalités d’accès : le système des avis. Le SNES-FSU revendique que les avis utilisés dans le cadre des campagnes de promotion puissent faire l’objet de recours en CAP. Dans un souci de transparence et de gestion prévisionnelle des promotions, le SNES-FSU revendique un barème prenant en compte l’ancienneté dans la carrière. Nous constatons bien souvent des avis « Très favorables », nécessaires pour espérer pouvoir obtenir une promotion, limités, et des avis « favorables » qui ne prennent pas en compte l’ensemble de la carrière.
- Les modalités d’accès : un ratio insuffisant. Le ratio de promotion à 9,5% est insuffisant pour permettre à toutes et tous les CPE d’espérer obtenir une promotion et donc une revalorisation de leur rémunération et de leur future pension. Outre la question financière, se pose la question de la reconnaissance de l’engagement des personnels privés d’une promotion méritée.
Si un désaccord persiste sur l’appréciation de ce que doit être la classe exceptionnelle, le SNES FSU souligne qu’un tel ratio ne permettra même pas à l’administration de promouvoir les collègues qu’elle estime pourtant méritant·es.
Il met en avant l’exemple de l’académie de Lille, mais qui se répète dans bien des académies, où pour la campagne des rendez-vous de carrière (RDVC) 2024-2025, sur 13 RDVC à l’échelon 9 (pour le passage à la hors classe), 11 obtiennent un avis excellent et 1 un avis très satisfaisant. Avec un ratio aussi bas, l’administration ne pourra même pas promouvoir les 11 CPE qu’elle a jugé comme étant déjà les plus méritant·es.
Le SNES-FSU interroge donc l’administration sur les directives données aux corps d’inspection concernant la façon dont doivent être posés les avis, mais également sur les perspectives et les réponses à apporter aux collègues qui attendent la juste reconnaissance de leur engagement. Comment l’administration va-t-elle répondre aux collègues qui ont eu des avis excellents toute leur carrière et qui se verront privé·es de l’accès à la classe exceptionnelle compte tenu des faibles ratios et de ces modalités de promotions ?
DGRH
Sur les avis posés pour l’accès à la classe exceptionnelle : La DGRH indique n’avoir donné aucune consigne aux corps d’inspection autres que celles prévues par les Lignes Directrices de Gestion. Par ailleurs, il n’y a aucun quota pour les avis très favorables.
Sur la question du ratio d’accès à la classe exceptionnelle : la DGRH reconnaît que c’est un sujet, et que le ministre l’a bien en tête. Les ratios étaient actés pour trois ans, il faudra donc voir les marges de manœuvre possibles pour les trois prochaines années, celles-ci dépendant du budget et des marges de manœuvres accordées par Bercy.
Sur les modalités d’accès à la classe exceptionnelle : la DGRH rappelle que, contrairement à la Hors Classe, les personnels n’ont pas vocation à pouvoir accéder systématiquement à la classe exceptionnelle. Les textes ne le prévoient pas. On peut par ailleurs être excellents et méritants tout en n’accédant jamais à la classe exceptionnelle. Ce n’est pas une contradiction ou un problème pour la DGRH.
4- Mise en œuvre du PPCR et des Rendez-vous de carrière pour les CPE
Le SNES-FSU rappelle l’avancée du PPCR (Parcours Personnalisé Carrière Rémunérations) pour la catégorie, notamment par la mise en œuvre d’une double évaluation IA-IPR/ Chef d’établissement, mandat historique du SNES-FSU.
Toutefois, le bilan est à nuancer car les remontées du terrain témoignent de pratiques d’évaluation loin d’être satisfaisantes.
En 2018, le SNES-FSU alertait déjà l’Inspection Générale sur les problèmes et les limites de l’exercice. Par exemple, nous avions interrogé l’Inspection Générale sur le fait que des IPR imposaient déjà un type de séances précis avec mise en situation (animation d’une réunion d’AED, formation des délégués par exemple) à l’occasion du rendez-vous. Le SNES-FSU pointait déjà les limites de l’exercice : séance artificielle, ne permettant pas de rendre forcément compte de l’ensemble de la variété et de la richesse du travail éducatif.
La réponse de l’Inspecteur Général M.Vin-Datiche allait dans le sens des analyses du SNES-FSU :
« Ne pas prescrire un type d’activité pour le rendez-vous de carrière est important.[…]. Je vais inciter les IPR à ne pas prescrire par avance un type d’activité ».
Malheureusement 8 ans après, peu d’évolutions. La problématique demeure, les remontées du terrain font état de prescriptions dans de nombreuses académies.
Le SNES-FSU interroge l’Inspection Générale sur un changement éventuel ou évolution de sa doctrine depuis 2018 ?
IGESR
M. Bosdeveix nous précise qu’il ne souhaite pas donner d’injonctions aux IA IPR et que l’IGESR ne serait pas d’ailleurs habilitée à le faire.
Mme. Bourhis et Mme Leyendecker, disent entendre la question de prescription d’activité. La question pourra être travaillée avec les corps d’inspection, notamment dans le cadre des temps d’échanges et de formations proposées au plan national de formation, notamment dans le cadre de la formation Initiale des IPR.
Dans l’immédiat, M. Delecluse pense à la possibilité de renvoyer au local via des consignes rectorales.
SNES-FSU
Autre problématique soulevée : des IA-IPR demandent, dans le cadre du PPCR, la présentation de projets de service vie scolaire. Le SNES-FSU insiste sur l’absence d’existence réglementaire d’un tel projet, et précise également que cette demande n’a pas de sens au regard des compétences évaluées par l’IA-IPR : « Participer à l’élaboration de la politique éducative de l’établissement, coordonner la mise en œuvre et assurer le suivi du volet éducatif du projet d’établissement » (circulaire de missions de 2015). Par ailleurs, trop d’entretiens tournent essentiellement autour de la question du management du service vie scolaire. Cela témoigne d’une vision restrictive du métier, mais interroge également sur le sens de cet échange, puisque l’item relatif à l’animation de l’équipe d’AED est évalué par le chef d’établissement et non par l’IA-IPR.
Pour le SNES-FSU, l’évaluation des personnels souffre toujours de l’absence de création d’un corps d’inspection spécifique avec des personnels issus du corps des CPE qui permettrait d’apporter une réelle expertise sur le métier dans son ensemble.
Création d’une agrégation d’Éducation pour la reconnaissance du métier :
Toutes les problématiques soulevées confortent le SNES-FSU dans sa revendication d’une création d’agrégation d’Éducation, plus importante que jamais.
Les CPE relèvent aujourd’hui d’un corps aux caractéristiques proches de celles des professeurs
certifiés, sans qu’existe une correspondance en agrégation, permettant de reconnaître et
valoriser l’expertise éducative. L’absence de débouchés spécifiques permettant une évolution
dans la carrière, l’absence de corps d’inspection propre, constituent des freins à la
reconnaissance du métier. Sur la question salariale : cette agrégation permettrait de répondre partiellement au déclassement du métier.
Les CPE qui veulent enseigner à leurs futurs collègues ou à des étudiants en sciences de
l’éducation ont un parcours plus complexe que les enseignants pour y arriver. L’agrégation d’éducation pourra être une voie pour enseigner dans la formation initiale et continue et permettra d’agir contre les phénomènes de cooptation.
L’absence de corps d’inspection spécifique aux CPE les place dans une situation particulière : les modalités d’évaluations, de formation interne, de consignes hiérarchiques s’en trouvent impactées. Par ailleurs, alors que le corps des IA-IPR souffre également d’une crise de recrutement, en faciliter l’accès pour les personnels pourrait être une réponse.
La demande d’une création d’agrégation d’éducation s’accompagne d’une réflexion sur la mise en place d’un corps d’inspection dédié, à même de :
– Reconnaître les dimensions éducatives du métier
– Accompagner les pratiques professionnelles
– Développer une formation, une évaluation, et une culture professionnelle issue de l’expertise propre des CPE et des apports scientifiques. La profession est actuellement traversée par un malaise professionnel, incarné par des tensions sur le sens du métier, avec d’un côté une dérive vers des fonctions managériales, d’un autre un repli vers des fonctions sécuritaires (le retour au surgé), en lieu et place de l’évolution historique du métier depuis toujours centrée sur le rôle de suivi éducatif des élèves, de prévention et d’animation. Il s’agit ici de donner des perspectives d’évolution professionnelle à des personnels qui en sont privés. Il s’agit également de fédérer sur une conception commune du métier, en indépendance des prescriptions hiérarchiques.
IGESR-DGRH
Pour l’IGESR et la DGRH, le sujet « n’est pas sur la table » et l’administration n’a aucun autre élément de réponse à nous apporter.
5- Climat scolaire
Depuis deux ans le ministère entend mettre la priorité sur « le climat scolaire » mais les mesures proposées, des solutions techniques et des questionnaires, sont loin de répondre aux attentes. Les problèmes rencontrés dans les établissements scolaires, comme les phénomènes de violence, de radicalité et le mal-être des jeunes, ne peuvent se résoudre par le tout sécuritaire et la répression.
Le SNES-FSU porte une vision ambitieuse du climat scolaire qui nécessite des équipes pluriprofessionnelles complètes avec des personnels formés pour installer une cohérence éducative qui permet une sécurisation psychologique des élèves. Cela englobe les conditions matérielles, l’organisation pédagogique et éducative, les espaces-temps de la vie scolaire, les espaces de dialogue et de concertation ainsi qu’un travail structurel pour éradiquer les inégalités sociales. La solution ne peut être que collective avec des personnels en nombre suffisant au regard des effectifs d’élèves à suivre, des moyens permettant d’avoir du temps, des formations et des conditions de travail améliorées avec la création d’emplois pour les vies scolaires.
Aller au contenu PDFLa question de l’engagement des jeunes est aussi être au cœur de nos réflexions, et pour cela il faut redynamiser la démocratie scolaire, c’est un enjeu fondamental. La démocratie scolaire actuelle n’est pas satisfaisante : difficulté pour les CPE à faire vivre les instances collégiennes et lycéennes. Le mode de suffrage retenu (indirect et très pyramidal) pour les élections lycéennes est d’ailleurs ubuesque.
IGESR
Mme. Bourhis indique que la jeunesse est prise en charge au niveau des territoires par les différents services publics mais que cela demande de la coordination. M. Delecluse confirme que le climat scolaire est bien un sujet central et que le travail mené doit être partagé. Mme Leyendecker met en avant que le climat scolaire dépend du climat en classe, et que le format électif ne suffit pas concernant le sujet de l’engagement des jeunes. Il y a beaucoup de bonne volonté du côté de l’École et des territoires pour mettre en avant le parcours citoyen mais il reste du chemin.
Pour conclure
Cette audience a été l’occasion d’une discussion ouverte permettant au SNES-FSU d’interpeller l’Inspection Générale sur l’accompagnement institutionnel insuffisant de la circulaire de missions, de la saisir des nombreuses dérives managériales rencontrées sur le terrain et de réaffirmer son opposition à la réforme de la formation initiale.
Sans beaucoup s’avancer, l’IGESR est restée dans une posture d’écoute se gardant de répondre à nos questions sur le fond.
Peu loquace sur l’ensemble de la politique éducative engagée par le ministère, l’IGESR a tenu cependant à vendre la réforme de la formation initiale (référentiel de formation, nouvelles épreuves des concours…) expliquant combien, à ses yeux, le concours en L3 était un grand succès au terme de cette première session.
Cette audience a également été l’opportunité pour la délégation du SNES-FSU de porter, une nouvelle fois, ses mandats, sa connaissance des dossiers, la cohérence de ses propositions pour le métier et la catégorie, dans le cadre d’un dialogue institutionnel.
En cette nouvelle rentrée, au terme d’un été jalonné de l’annonce de dispositifs dont la mise en œuvre ne manquera pas de mettre les personnels en difficulté (extension au lycée de l’interdiction du portable, interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, changement d’établissement d’un élève dont les parents poseraient des difficultés…) et dans l’attente de nouveaux dispositifs sensés améliorer le climat scolaire, le SNES-FSU, entend plus que jamais être à l’offensive pour la catégorie : Affirmer notre originalité dans le système éducatif européen, la place irremplaçable des CPE auprès de l’élève, de sa famille, des autres personnels ainsi que leur professionnalité qui passe par une formation ambitieuse, une réflexion collective sur les pratiques et une reconnaissance des missions.



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