Lorsque les cours ne peuvent pas avoir lieu dans l’établissement, il n’est pas pour autant question d’imposer aux enseignant·es des dispositifs et des modalités précises (visio correspondant à chaque heure de cours par exemple, ou obligation faite aux élèves de rendre des travaux). Ceci relève du volontariat des enseignant∙es dans le cadre de leur liberté pédagogique.
Pour rappel, le SNES-FSU appelle personnels à se tenir aux côtés des élèves et à la grève le 6 octobre.
Nous l’avons constaté pendant les crises sanitaires de 2020-2021, le passage généralisé à un enseignement à distance ou « hybride » a accentué les inégalités scolaires et sociales. Depuis lors, le ministère de l’Éducation nationale a inventé la notion très contestable de « continuité pédagogique » et a même donné consigne aux personnels de direction de se doter de « plans de continuité pédagogique » qui ne sont régis par aucun texte réglementaire. Si un·e chef·fe évoque un un tel « plan », il convient de lui rappeler que le travail des personnels est encadré par des obligations statutaires et non par des pages Eduscol et des « guides » produits par l’administration. Quand bien même un tel « plan » aurait été présenté en conseil d’administration, il ne peut modifier les obligations réglementaires de service des personnels. Présenté ou non en amont en conseil pédagogique, amendé ou non pour satisfaire des collègues volontaires, ce « plan » ne peut pas être imposé.
Ainsi, renseigner le cahier de textes numérique étant une de ces obligations, il est suffisant de mettre à disposition des ressources et de donner des consignes aux élèves par cette voie. En revanche, il ne faut pas accepter, par exemple, de faire l’appel lors d’une éventuelle séance en visio. L’appel engage l’enseignant·e qui reconnait ainsi que les élèves présent·es sont bien placé·es sous sa responsabilité. C’est absolument impossible dans le cadre d’un enseignement à distance.
Le métier attaqué par le distanciel
Dans le contexte des mobilisations de nos élèves, l’urgence n’est pas à la mise en œuvre de la « continuité pédagogique » et encore moins de visioconférences.
Passer en distanciel, quelles que soient les modalités, ne se fait pas par la magie d’une injonction, ni par la magie des injonctions à s’y préparer : un·e enseignant·e n’a pas de « commutateur présentiel/distanciel ». Cela suppose de revoir les supports, les activités et les modalités d’interaction, tout en faisant face à de nouvelles contraintes techniques et à une moindre capacité à repérer et réguler les difficultés des élèves. Cela induit aussi beaucoup de temps passé à des régulations purement techniques. Le métier de professeur·e consiste à concevoir des situations d’apprentissage pour une classe et en fonction d’un cadre matériel précis, et à les mettre en œuvre. Exiger de le faire sans délai pour une période courte est un non-sens.
L’expérience du Covid a montré que ce travail supplémentaire est très coûteux pour une efficacité pédagogique très inégale, tout en accentuant les inégalités entre élèves. Cette « continuité pédagogique » est en réalité une discontinuité pédagogique, vu les contextes toujours difficiles où elle est mise en place, les inégales conditions matérielles des personnels comme des élèves, la disponibilité et l’efficacité d’outils institutionnels et privés qui n’ont pas été conçus par et pour les professeur·es en fonction de leurs besoins professionnels.
Présenter le distanciel comme une simple modalité de substitution contribue ainsi à diffuser une fausse représentation du métier, comme si enseigner consistait à transmettre des contenus indépendamment des conditions dans lesquelles les élèves apprennent. La diffusion de cette représentation constitue même une attaque en ignorant ou niant ce qui permet de construire du sens à notre activité.
Le recours au distanciel, tout comme les réponses par la force et la répression policière, montrent un gouvernement aux abois incapable de respecter l’engagement des lycéen·nes, donc de répondre à leurs attentes et à l’exercice de leurs droits élémentaires : droit à manifester, droit de se réunir, droit d’expression, et de préserver un contexte serein pour ces mobilisations. Mais les élèves ont aussi droit à de meilleures conditions d’étude, en présentiel, avec des moyens pour le service public d’Éducation et une autre ambition pour le second degré public, à rebours des politiques et des réformes menées depuis de trop nombreuses années.





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