Le corps des CPE n’a cessé de monter en expertise. Depuis les Surveillants généraux, l’identité professionnelle a changé : participation centrale à l’acte collectif d’enseigner et d’éduquer, suivi individuel et collectif des élèves, prévention, animation éducative… Ces missions ont réorienté la traditionnelle gestion du temps et des punitions. L’expertise aussi a été reconnue, en reflète l’évolution des textes réglementaires qui ont acté que le CPE participe avec les enseignants au suivi et à l’évaluation des élèves, participe aux équipes pédagogiques, conseille le chef d’établissement et les membres de la communauté éducative.

De fait, avec un recrutement des CPE toujours aligné sur celui des professeurs certifiés, le niveau d’études des CPE est aujourd’hui plus élevé que du temps des surveillants généraux. Jusqu’à cette année, c’est le master qui donnait accès au concours (désormais pour le nouveau concours, nécessité d’une L3).

Pourtant, la montée du niveau de diplôme et d’expertise ne s’est pas accompagnée d’une reconnaissance institutionnelle. Leurs statuts, conditions d’exercices et perspectives de carrières ne sont pas à la hauteur de ce contexte.


1. Constat


Un déficit de reconnaissance institutionnelle

Les CPE relèvent aujourd’hui d’un corps aux caractéristiques homogènes à celles des professeurs certifiés, sans qu’existe une correspondance en agrégation, permettant de reconnaître et valoriser l’expertise éducative. L’absence de débouchés spécifiques permettant une évolution dans la carrière, l’absence de corps d’inspection propre, constituent des freins à la reconnaissance du métier.

Les CPE qui veulent enseigner à leurs futurs collègues ou à des étudiants en sciences de l’éducation ont un parcours plus complexe que les enseignants pour y arriver. En INSPE, c’était notamment le CAFFA qui le permettait, mais il s’interrompra, pour être remplacé par une simple attestation sans valeur diplômante. L’agrégation d’éducation pourra être une voie pour enseigner dans la formation initiale et continue et permettra d’agir contre la pratique de cooptation.


Des évolutions du métier qui interrogent

On constate que le métier de CPE tend à être dévié, sous l’influence de logiques extérieures à leur profession, celle des chefs d’établissement et des IPR, qui le conçoivent souvent comme un rôle de quasi adjoint à la direction. Cela implique :

  • Injonctions croissantes en matière de pilotage
  • Montée des logiques managériales
  • Rapprochement avec les fonctions de direction
  • Rôle de formateur des AED

Ces évolutions peuvent conduire à un éloignement du cœur du métier, centré sur :

  • La participation à l’acte collectif d’enseigner et d’éduquer
  • Le suivi des élèves
  • L’animation éducative et la prévention
  • Le travail collectif au sein de la communauté éducative


L’enjeu de l’inspection, structurant pour l’identité professionnelle

L’absence de corps d’inspection spécifique aux CPE les place dans une situation particulière : les modalités d’évaluations, de formation interne, de consignes hiérarchiques s’en trouvent impactées.

En effet, Un.e CPE ne peut pas devenir IPR directement. C’est une possibilité qui est seulement ouverte aux agrégés et aux personnels de direction. De ce fait, il existe des biais dans la formation et l’évaluation qui induisent une minoration des missions de suivi des élèves et d’animation éducative, au profit de missions tournant autour d’un rôle d’adjoint de direction : management de l’équipe de vie scolaire, pilotage par indicateurs et projet, délégation de tâches d’adjoint…

On voit poindre des injonctions à faire des tâches qui ne sont pas comprises dans les textes réglementaires : « projet de service (sic) de Vie scolaire », gestion par les CPE des contrats des AED… Certains collègues, devant l’accumulation de missions extra-réglementaires se retrouvent à eux-mêmes participer de cette dérégulation, notamment via la délégation du suivi des classes et élèves aux AED.

Ce contournement des textes réglementaires a un côté utilitaire pour les personnels de direction qui, ainsi, peuvent se décharger de nombre de missions qui leur sont normalement dévolues. De fait, aujourd’hui pour leurs supérieurs hiérarchiques, un.e CPE méritant.e est d’abord un.e cadre/gestionnaire. Pour le SNES-FSU, il s’agit plutôt de favoriser une logique où un.e CPE méritant.e est un.e expert.e du suivi éducatif et pédagogique des élèves.

Depuis cette perspective, la création d’une agrégation d’éducation s’accompagne d’une réflexion sur la mise en place d’un corps d’inspection dédié, à même de :

  • Reconnaître les dimensions éducatives du métier
  • Accompagner les pratiques professionnelles
  • Développer une formation, une évaluation, et une culture professionnelle issue de l’expertise propre des CPE et des apports scientifiques

2. Les défis et pistes de réflexions d’une telle évolution

Une évolution à inscrire dans une perspective collective

Le SNES-FSU est attaché à l’unité du corps des CPE. Toute évolution statutaire doit donc garantir :

  • Une absence de hiérarchie fonctionnelle entre ces personnels
  • Le maintien d’une logique collective
  • Une logique d’amélioration des conditions de travail et de rémunération de l’ensemble des personnels

Les mandats du SNES-FSU comprennent notamment un seul modèle de recrutement pour les personnels de l’Éducation, à propos de leur carrière et conditions de travail : l’agrégation. Cela implique l’intégration progressive de toutes et tous dans le corps des agrégés, menant à terme à l’extinction du corps précédent. Il ne s’agit donc pas dans ce cadre de constitution d’un corps à deux vitesses mais au changement de corps progressif.

Le recrutement du nouveau corps d’agrégé d’éducation se ferait par concours externe, accessible en M2 ou en thèse, un concours interne… en remplacement de l’actuel concours de recrutement des CPE. Pour les CPE déjà en poste, une liste d’aptitude serait ouverte de manière à assurer le passage progressif de l’ancien corps vers le nouveau, sans avoir à passer de concours.


Une perspective de revalorisation pour l’ensemble des personnels

L’ouverture de ce chantier ne doit pas se substituer à une nécessaire revalorisation immédiate de l’ensemble des personnels de l’éducation nationale, tous corps confondus.

Il faut des améliorations des conditions de travail et de rémunération pour l’ensemble des collègues.


Quelles différences ?

Le corps des agrégés comprend des différences avec le corps des certifiés. Il convient de les observer pour prévoir les questions des conditions de travail du futur corps de CPE agrégés. Les éléments développés ici constituent des pistes de travail et non des mandats du SNES.

Sur le temps de travail, les enseignants agrégés ont une ORS de 15h au lieu des 18h des certifiés. Ce quota appliqué aux CPE donnerait une ORS de 29 heures. Cela se réalisera obligatoirement avec des créations de postes avec comme jauge, 1 CPE pour 250 élèves (mandat du SNES-FSU).

Sur la rémunération, il s’agirait d’accéder à la grille, revalorisée, des professeurs agrégés.


3. Faire bloc autour de cette revendication

La profession est actuellement traversée par un malaise professionnel, incarné par des tensions sur le sens du métier, avec d’un côté une dérive vers des fonctions managériales, d’un autre un repli vers des fonctions sécuritaires (le retour au surgé), en lieu et place de l’évolution historique du métier depuis toujours centrée sur le rôle de suivi éducatif des élèves, de prévention et d’animation. Il s’agit ici de donner des perspectives d’évolution professionnelle à des personnels qui en sont privés. Il s’agit également de fédérer sur une conception commune du métier, en indépendance des prescriptions hiérarchiques.

Il faut se saisir des élections professionnelles, pour valoriser et conforter notre conception du métier, nos revendications, et notre identité professionnelle dans un contexte où d’autres syndicats soit se sont complètement ou partiellement ralliés aux concepts néo managériaux, soit répètent à foison les mandats du SNES-FSU sans leur donner corps.

Dans les INSPE, les concepts néo-managériaux ont parfois beaucoup avancé, et formatent les nouveaux CPE à une identité professionnelle prescrite par la hiérarchie et éloignée de la réalité du terrain, des aspirations aujourd’hui majoritaires de la profession et au détriment de l’intérêt des élèves et du service public d’éducation. D’où l’opposition du SNES-FSU à la réforme de la formation initiale qui conforte cette réorientation managériale du métier. Il continu à porter une formation initiale et continue ambitieuse, aux côtés de la profession, dans le respect du métier et des statuts.


Lors de l’audience du 30 juin 2026, le secteur CPE du SNES-FSU a exposé ses réflexions et arguments auprès des IGESR concernant la demande d’une agrégation d’éducation. Ceux-ci ont répondu ne pas avoir été saisis de cette question, celle-ci n’étant pas actuellement dans leurs champs de travail. Le SNES-FSU continue de porter cette demande auprès du ministère et de faire connaître les enjeux professionnels auprès des actrices et acteurs de la formation initiale et continue et de toute la profession. Le SNES-FSU a toujours été à l’offensive sur l’identité professionnelle des CPE et il continue de donner à voir que d’autres perspectives sont possibles pour le métier.




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