Marges de manœuvre réduites et contorsions à prévoir

Le ministère n’avait annoncé pour le lycée que de simples « révisions », et la lettre de cadrage signée de la ministre N. Belloubet limitait donc d’emblée l’ampleur des modifications qu’il était possible d’apporter à l’occasion de l’arrivée de l’EACM et des nouveaux programmes de collège. Sans surprise – hélas, et malgré quelques propositions que le SNES-FSU avait formulées en ce sens – il n’a donc pas été possible de réduire l’ampleur des programmes, qui restent, en Seconde comme en spécialité de Première générale, très lourds compte tenu des publics accueillis, des horaires dédiés, et des contraintes budgétaires sur la possibilités réelles de dédoublements.

Pire le ministère avait imaginé renforcer encore l’ambition de ces deux programmes, notamment celui de Seconde. En effet, un chapitre y était initialement prévu pour « faire vivre les notions désormais abordées au collège » : l’étude des barycentres devait fournir un prolongement à l’introduction approfondie des vecteurs en Troisième. Finalement, on se contentera du barycentre de 2 points, et d’un travail sur les coordonnées du milieu d’un segment, suite à nos interventions.

De manière générale, le programme de Seconde a été écrit pour s’inscrire dans une bonne continuité avec les nouveaux programmes du cycle 4 en collège. Mais, compte tenu de l’échelonnement indispensable de la mise en place de ces derniers, les collègues devront gérer trois années scolaires « de transition (2026/27, 2027/28 et 2028/29), pour accueillir au mieux des élèves qui auront suivi les enseignements des anciens programmes de collège ! Les corps d’inspection ont souvent fourni des tableaux qui permettent de percevoir les aménagements provisoires à envisager, en général disponibles sur les sites disciplinaires académiques, mais il n’en reste pas moins que les collègues devront pratiquer une certaine gymnastique pour s’y retrouver…

On retiendra qu’il n’a pas été possible, malgré notre insistance, de retarder l’entrée en vigueur des nouveautés du lycée, en raison de la tenue en juin 2026 de la première session du baccalauréat intégrant l’EACM, rendue pour le ministre politiquement indispensable à l’approche des échéances électorales de 2027 : l’intérêt des élèves passera après !

La nouveauté confirmée : l’introduction des automatismes en Seconde et Première générale

En Seconde, en spécialité et en enseignement spécifique de Première générale, la principale nouveauté réside dans l’arrivée d’une nouvelle version (complétée à la marge par rapport à l’année 2025-26) de la liste des automatismes que les élèves devront maîtriser pour l’EACM. Le corollaire de cette introduction d’apprentissages nouveaux aurait dû justifier un renforcement horaire, ou des allègements de programme, ce que le ministère a refusé. Motif invoqué : les automatismes étant à l’avenir travaillés depuis l’école primaire, et tout au long du collège, ils seront, pour une bonne part d’entre eux, mieux maîtrisés à l’entrée en lycée, où il n’y aurait finalement plus qu’à les entretenir, et amener les élèves à en maîtriser un petit nombre de nouveaux, mais dans le prolongement du cours de Seconde et Première… Le SNES-FSU n’a pas été convaincu par cet argument, qui nous semble largement relever d’une forme très optimiste de « pensée magique » quant à la maîtrise réelle par les élèves des contenus de programmes ! Manifestement, du côté du ministère, on ne s’interdit pas de rêver…

Enseignement spécifique : allègements bienvenus

L’enseignement spécifique de Première générale est le seul programme dont les notions à l’étude ont pu être allégées. Le SNES-FSU avait dénoncé de longue date – dès sa mise en place ! – la difficulté de ce programme pour des élèves généralement fâché·es depuis des années avec les mathématiques, et qui ne bénéficient dans pratiquement aucun lycée de possibilités de dédoublement (quand cet enseignement n’est pas positionné à des horaires épouvantables…). Le SNES-FSU avait ainsi suggéré la disparition de l’étude locale des fonctions : la dérivation nécessite en effet du temps de maturation avant de pouvoir être comprise, et offrait peu d’intérêt pour des élèves dont la plupart vont rapidement arrêter les mathématiques. L’inspection avait même négligé nos arguments qui reposaient, à la création de ce programme, sur le fait que l’étude de la variation des fonctions de degré 3 faisait appel au signe des trinômes du second degré qui n’était même pas abordé en Seconde…

Le SNES-FSU a donc apprécié positivement l’allègement substantiel que constitue la suppression de la partie « dérivation » dans cet enseignement. L’argument pour maintenir au programme la dérivation était que son retrait empêcherait les élèves les plus motivé·݇es de poursuivre les mathématiques en Terminale par le choix de l’option Mathématiques complémentaires. Une analyse statistique des flux réels des élèves suivant ce parcours avec succès montre que cet argument était en réalité un leurre : la poursuite en option Mathématiques complémentaires était déjà très difficile dans les faits, et moins de 2 % des élèves qui n’avaient pas suivi la spécialité de Première faisaient un tel choix… Pour le SNES-FSU, le combat prioritaire reste surtout d’obtenir un enseignement de mathématiques pour tou·tes les élèves de Terminale, donc en poursuite de l’enseignement spécifique de Première générale, même si l’introduction de l’EACM constitue désormais un obstacle de plus sur cette voie.

La dérivation sera donc dès cette rentrée remplacée par l’étude des variations « quadratiques » (pour permettre d’aborder les polynômes de degré 2 en continuité avec la Seconde), et, comme auparavant, les variations linéaires et exponentielles. La sémantique retenue donne ainsi un cadre qui a le mérite de la cohérence, même si elle peut interroger.

Contenus pratiquement inchangés en voie technologique et Terminale générale

En voie technologique et Terminale générale, pratiquement aucune retouche n’a été apportée aux contenus proprement dits des programmes, à part le déplacement de l’étude des fonctions trigonométriques, passant de la spécialité de Première à la spécialité de Terminale, ce qui allège un tout petit peu le programme de Première, et correspond surtout à ce que faisaient déjà la plupart des collègues. Les autres retouches tiennent compte de l’introduction des probabilités dès le collège, mais il s’agit tout de même de notions en plus…

Harmonisations

La retouche des programmes de lycées a permis au ministère une forme d’harmonisation de certaines parties des programmes, dont certains éléments pourtant communs ou proches sur le fond, ou certains préambules, avaient assez bizarrement conduit à des formulations différentes selon les années d’études, les voies, ou les parcours des élèves.

Il en est ainsi par exemple de la légère réorganisation globale des programmes en ce qui concerne les entrées « Vocabulaire ensembliste et logique » et « algorithmique et programmation », qui deviennent transversales et sont désormais intégrées aux préambules, ce qui est plutôt normal puisque trouvant à s’appliquer dans plusieurs domaines d’étude et notions des programmes. L’harmonisation est surtout totalement effective en ce qui concerne la Seconde et les spécialités de Première et Terminale générale. Elle reste partielle entre le programme de Seconde et la voie technologique, mais tend à se les faire se ressembler davantage.

Deux axes de transformations des contenus de programmes mis en échec par le SNES-FSU

Cette entreprise d’harmonisation transparaissait initialement surtout sur deux aspects des attendus et objectifs des programmes, que le ministère tient manifestement pour essentiels, sans surprise pour qui suit les débats sur la volonté ministérielle :
la volonté d’encadrer et normer davantage les pratiques enseignantes ;
la volonté de réduire les marges de manœuvre des collègues sur l’évaluation, sous toutes ses formes : celle des professeur·es et aussi celles de l’institution et des enquêtes internationales, alors que l’introduction des automatismes dans l’épreuve d’EACM constitue en soi un marqueur d’une évolution des pratiques attendues vers davantage de standardisation.

Le SNES-FSU a ainsi mené une bataille d’amendements, comme il l’avait fait sur les programmes du cycle 4, pour réduire la portée d’évolutions qu’il conteste, notamment sur les contraintes imposées sur les pratiques de classe, leur systématisation, et sur la conception des évaluations. Il a ainsi largement pesé sur les écritures finales pour permettre aux collègues de se prévaloir de leur liberté pédagogique dans les pratiques de classe, et de ne pas alourdir encore la charge de travail induite par de telles injonctions figurant dans les programmes, notamment sur l’évaluation. Il serait en outre difficile de ne pas y voir un lien avec les nouvelles offensives en cours sur les Projets Locaux d’Évaluation, que le SNES-FSU appelle toujours à neutraliser au maximum.

On trouvera ci-dessous quelques exemples d’évolutions du préambule du programme de Seconde, obtenues par le SNES-FSU :

Évaluation des élèves


Formulation initialeFormulation finale
« L’évaluation, conçue comme un processus dynamique et partagé, participe ainsi pleinement au développement de l’autonomie, de la confiance et de l’engagement des élèves dans leurs apprentissages.« L’évaluation joue un rôle clé dans la régulation des apprentissages, tant pour l’enseignant que pour l’élève, pour lequel elle participe pleinement au développement de son autonomie et à son engagement dans les apprentissages.
Les objectifs à atteindre, tant en termes de compétences que de connaissances, ainsi que les critères de réussite doivent être explicités en amont.Elle revêt différentes modalités mais conserve toujours une visée formative ; pour cela, les élèves sont informés en amont des éléments évalués.
Quelle que soit sa modalité, elle doit conserver une visée formative : elle éclaire à la fois l’élève et l’enseignant sur ce qui est acquis, en cours d’acquisition ou encore à renforcer. Les élèves sont évalués en fonction des capacités attendues et selon des modalités variées : quiz rapide sur les automatismes, devoir surveillé avec ou sans calculatrice, pouvant comprendre des questionnaires à choix multiples ou des vrai/faux argumentés, devoir en temps libre, rédaction de travaux de recherche, individuels ou collectifs, compte rendu de travaux pratiques pouvant s’appuyer sur des logiciels, exposé oral d’une solution.[paragraphe supprimé dans la version définitive].
L’évaluation doit permettre de repérer les acquis des élèves en lien avec les six compétences mathématiques : chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer, communiquer. Elle doit faire prendre conscience des réussites et des progrès.L’évaluation doit permettre de repérer les acquis des élèves en lien avec les six compétences mathématiques : chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer, communiquer. L’évaluation doit faire prendre conscience des réussites et des progrès.
C’est un outil de différenciation et de remédiation.[paragraphe supprimé dans la version définitive].
Le retour sur l’évaluation est un moment clé du processus d’apprentissage. Il ne se limite pas à une correction collective, mais vise à valoriser les démarches pertinentes, même si elles ne mènent pas immédiatement à la bonne réponse, mettre en lumière les erreurs fréquentes, pour aider les élèves à les comprendre et à y remédier, proposer des pistes personnalisées (révisions ciblées, exercices de consolidation, soutien différencié).Le retour sur l’évaluation est un moment clé du processus d’apprentissage. Il ne se limite pas à une correction collective, mais vise à valoriser les démarches pertinentes, même si elles ne mènent pas immédiatement à la bonne réponse, mettre en lumière les erreurs fréquentes, pour aider les élèves à les comprendre et à y remédier, proposer des pistes de progrès aux élèves.
Ce retour permet aussi à l’enseignant de réguler sa progression, de revoir certains points du programme ou de proposer d’autres approches pédagogiques. »Ce retour permet aussi à l’enseignant de réguler sa progression, de revoir certains points du programme ou de proposer d’autres approches pédagogiques. »

Sur les pratiques de classe : introduction de la partie « Automatismes »


Formulation initialeFormulation finale
« [les nouvelles notions du programme] relèvent d’un entraînement régulier, par exemple lors de rituels de début de séance, sous forme de « questions flash » privilégiant l’activité mentale. (…)« [les nouvelles notions du programme] relèvent d’un entrainement régulier privilégiant l’activité mentale.(…)
Les modalités de mise en œuvre doivent être variées et prendre appui sur différents supports : à l’oral, à l’écrit, individuellement ou en groupe, utilisant des outils numériques de vidéo-projection, de recensement instantané des réponses, etc. »Les modalités de mise en œuvre peuvent être variées et prendre appui sur différents supports : à l’oral, à l’écrit, individuellement ou en groupe, utilisant éventuellement des outils numériques de vidéo-projection, de recensement instantané des réponses, etc. »

Des compétences…. en mathématiques !

Le ministère tenant manifestement beaucoup à l’introduction de compétences générales et très floues que les mathématiques permettraient de développer chez les élèves (y compris des formes de bien-être1…), le SNES-FSU a été particulièrement vigilant, afin que ne ressurgissent pas au lycée les tentatives d’affaiblissement de la place de la maîtrise des savoirs disciplinaires des élèves, au profit du développement de compétences proches des attentes des milieux professionnels et patronaux (« soft skills », dénommées conjointement par les ministères de la Santé et de l’Éducation nationale « Compétences Psychosociales » (CPS), déjà introduites dans les programmes de collège malgré la forte opposition du SNES-FSU et ses victoires indiscutables, l’an dernier, notamment dans les programmes de cycle 4). Il a veillé à ce que les seules compétences qui soient explicitement mentionnées dans les programmes ne soient que les 6 compétences liées à une pratique et une activité mathématique des élèves : chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer et communiquer. Difficilement contestables en ce qui concerne leur description des multiples facettes de l’activité mathématique – et bien qu’elles fassent courir le risque d’une évaluation par compétences et non plus par appréciation fine des niveaux de réussite des élèves, et présentent le risque de devoir être explicitées dans la construction des activités et évaluations proposées –, elles offrent l’avantage de ne pas relever de critères plus proches du champ de la psychologie de bazar, comme on en retrouvait dans les projets de programme du cycle 4, discutés en parallèle.

Un bilan qui restera à faire sur le terrain

Le SNES-FSU a bien conscience que tout ne se joue pas dans les écritures ou réécritures des programmes, et que seule l’analyse de la réalité de leur mise en pratique dans les classes, avec les élèves, permettra de s’en faire une parfaite opinion. Pour cette raison, nous invitons toutes celles et ceux qui le souhaitent à nous faire part de leurs retours d’expérience, de leurs analyses, en nous contactant à l’adresse maths@snes.edu. Nous comptons sur vous tous et tous : et le SNES-FSU attache toujours la plus grande importance à ces témoignages, qu’il recueille aussi en direct à l’occasion des stages « Mathématiques » qui peuvent être programmés dans votre académie, à l’initiative de ses sections académiques.

  1. Les projets de programmes mentionnaient toutefois en lycée « L’évaluation, conçue comme un processus dynamique et partagé, participe ainsi pleinement au développement de l’autonomie, de la confiance et de l’engagement des élèves dans leurs apprentissages », qui s’en rapprochait déjà beaucoup… ↩︎

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