« On ne remet pas en cause le principe même des stages, parce que c’est aujourd’hui un élément déterminant d’égalité des chances pour faire découvrir des métiers à des jeunes qui, sinon, ne les découvriraient pas et n’auraient pas les mêmes opportunités que les autres » a déclaré le ministre de l’Education nationale à la presse qui l’interrogeait sur les mesures envisagées suite aux accidents mortels lors de stages d’observation.
Tout au plus envisage-t-il avec la ministre de l’enseignement et de la formation professionnelle, des séquences groupées de découverte professionnelle, possibilités qui existent déjà dans les préconisations officielles, ainsi qu’une mission flash de l’inspection générale.
Pour le ministère, les « séquences d’observation en milieu professionnel » dits « stages troisième et seconde » doivent en effet servir à peu près à tout : orientation, connaissance du monde du travail, vertus émancipatrices et inclusives, promotion du métier enseignant, promotion de l’armée etc… Avec l’instauration du service militaire volontaire cette année, tous les élèves peuvent même demander à effectuer leur « stage » obligatoire dans l’armée. Ces « stages » sont ainsi parés de toutes les vertus voire même considérés implicitement comme supérieurs dans leurs effets aux apprentissages scolaires.
Au mépris de la réalité, ces stages seraient donc des « opportunités » (sic) !
Derrière l’affichage pseudo-pédagogique, les choix du patronat
Le 14 avril dernier, le ministre de l’éducation nationale renouvelait la convention avec le MEDEF pour la promotion des stages entreprise, concernant tous les élèves de l’enseignement secondaire , que cela concerne les « séquences d’observation » ou les stages de formation professionnelle. Alors que le ministère pointait tous les problèmes de sécurité dans une circulaire du 21 novembre 2025 et une publication en ligne de décembre dernier , le texte de la convention avec le patronat ignore totalement cette préoccupation, comme si les entreprises étaient exonérées de toute responsabilité en la matière.
Pire, cela reprend tous les fantasmes autour de « l’entreprise apprenante » en légitimant le renforcement du partenariat Ecole/Entreprise par les arguments de « l’égalité des chances », de la promotion des filles en STIM (Sciences, technologie, ingénièrie et mathématique) et de l’inclusion. Doit-on rappeler encore que ce type de stage cristallise au contraire les inégalités sociales et genrées ? La convention avec le MEDEF étale donc tout un programme supposément philantropique sans que jamais ne soit évoquées les contraintes liées de la prise en charge de jeunes élèves.
Un dispositif inutile et dangereux
Quand cela a été intégré aux enseignements obligatoires de Seconde en 2023 et concentré sur deux semaines en juin, le SNES-FSU avait déjà souligné tous les risques de travail dissimulé que comportait un tel dispositif. Il avait rappelé tous les dangers auxquels seraient inévitablement exposés des élèves plongés sans précaution ni contrôle dans un univers professionnel qui leur était étranger. On pourra retrouver les analyses du SNES-FSU ICI.
Lors de récentes questions au gouvernement, le ministre de l’éducation nationale a répété que les « séquences d’observation en milieu professionnel » en Troisième et Seconde ne devaient comporter aucun geste professionnel. Certes.
Comment comprendre alors que le ministère et le MEDEF fasse en même temps la promotion de la plateforme « Un jeune, un stage » qui confond tous les dispositifs? Nombre de descriptifs de « stages » renvoient dans les faits à du travail gratuit et dissimulé. Cela n’a rien à voir avec de l’observation ! (Cf: article 5 de la convention type « Durant la séquence d’observation, les élèves n’ont pas à concourir au travail dans l’entreprise ou l’organisme d’accueil »). Quelques minutes sur la plateforme permettent de constater le problème comme en témoignent les quelques captures d’écran ci-dessous.
Aller au contenu PDFSortir de la confusion
Malgré les signalements, le ministère et les rectorats ont ignoré les alertes. La plateforme « un élève, un stage » ouvre encore à toutes les possibilités pour des offres de stages dédiées aux collégiens et aux lycéens dans le cadre de l’observation.
Le ministère de l’éducation nationale fait pourtant bien la distinction entre « séquences d’observation » , « visite d’information », « stage d’initiation », « stage d’application » et stage inclus dans la formation professionnelle. A chacun de ces cas de figure correspond des publics différents, des modalités différentes et un cadre spécifique. la circulaire du 21 novembre 2025 détaille pour chaque situation le régime de réparation des accidents, la prévention contre les violences sexistes et sexuelles et la prévention des risques professionnels.

Maintenant, ça suffit !
Pour ce qui concerne cette fin d’année, et comme l’année dernière, le SNES-FSU appelle tous les personnels à refuser de participer à la mise en place des stages obligatoires de juin en Seconde, que ce soit pour leur préparation, leur suivi, ou leur prétendue « exploitation pédagogiques ». Nous n’avons pas à nous « mobiliser » pour un dispositif non seulement inutile mais nuisible. CPE, professeur·es, Psy-EN, occupons de faire uniquement nos métiers, d’accomplir nos missions, qui sont suffisamment exigeantes. Et surtout, rassurons les élèves et les familles plutôt que de contribuer à la pression pour trouver à tout prix un stage: non, on ne joue pas son avenir sur les deux dernières semaines de son année de Seconde !
On trouvera ci-dessous l’expression intersyndicale sur la situation des mineur·es au travail du 28 avril 2026, à l’occasion de la journée mondiale sur la santé et la sécurité au travail.
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