Le ministère de Jean-Michel Blanquer a été marqué par de très nombreuses réformes, fortement contestées par la profession et le SNES-FSU, qui ont aussi touché les concours et la formation initiale. Il est parfois difficile de s’y repérer et de faire la distinction entre les différents parcours, qui mènent désormais au CAPES, au CAPET ou au concours CPE à la fin de la deuxième année de master à partir de la session 2022. Une mise au point nous semblait donc nécessaire : c’est ce que propose cet article, qui évoque donc les concours de la session 2022 (mais pas l’agrégation, qui n’est pas concernée par la réforme, ni le concours Psy-EN qui ne l’est pas non plus pour le moment), les conditions d’étude des candidat-es dès cette année, et l’organisation de l’année de fonctionnaire-stagiaire à partir du 1er septembre 2022.

Les nouveaux statuts résultant de la réforme, et les conditions de stage après le concours

La première nouveauté est le report de l’année de fonctionnaire-stagiaire, préalable à la titularisation, après la seconde année de master. A part les lauréat-es du concours non inscrits en MEEF qui seront à mi-temps sur leur « berceau » de stagiaire, les lauréat-es titulaires d’un Master MEEF seront tou-tes à temps plein une fois stagiaires, quelles que soient la nature et la durée de leur expérience avant le stage (étudiants contractuels alternants (ECA), stagiaires en observation et pratique accompagnée (SOPA) et anciens AED prépro). Les syndicats de la FSU ont dénoncé avec force ce grave recul pour la formation des enseignants et des CPE !

ECA : Étudiants Contractuels Alternants

C’est la mesure phare de la réforme de Blanquer qui d’après les premiers chiffres, n’obtient pas les effets escomptés à cause d’un faible recrutement. Nous leur avons consacré une publication spécifique, qui pointe les difficultés que rencontrent les étudiant-es pour affronter tout à la fois la préparation du concours et les missions qui leur sont confiées dans les établissements.

Concrètement, il s’agit d’un contrat de droit public de douze mois consécutifs régi par le décret 86-83 du 17/01/1986. Ce contrat ne comporte pas de période d’essai. Le temps de service est de 6 heures hebdomadaire et ne peut excéder 216 heures annuelles pour les professeurs, excepté les professeurs documentalistes. Selon les académies, le contrat peut courir sur l’intégralité de l’année scolaire de M2 ou sur le second semestre du M1 et le premier semestre du M2 (entre 3 et 9 heures de cours hebdomadaires sauf les professeurs documentalistes qui ont un service de 12 heures par semaine et les CPE qui effectuent douze semaines réparties sur l’ensemble de l’année).

La rémunération mensuelle brute est de 865 euros (environ 695 euros net), à laquelle est ajoutée une fraction, déterminée au prorata du temps effectif de service, de l’indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE) ou de l’indemnité forfaitaire allouée aux CPE ou aux professeurs documentalistes.

Une fois stagiaires à temps plein, les ex-ECA bénéficieront d’un crédit de 10 à 20 jours de formation défini par une commission académique ; les syndicats de la FSU, qui dénoncent cette mise à temps plein, ont demandé une véritable décharge de service.

SOPA : Stagiaire en Observation et Pratique Accompagnée

Les étudiant-es de deuxième année de MEEF sont tenu-es de faire un stage de 12 semaines dans un établissement scolaire, avec l’accompagnement d’un tuteur. Si ce n’est comme alternant-e, c’est dans le cadre d’un stage d’observation et de pratique accompagnée (SOPA). Ces 12 semaines s’ajoutent aux 6 semaines d’observation et de pratique accompagnée en M1 et peuvent être effectuées sur différents semestres universitaires selon l’organisation locale des INSPE et rectorats.

Pour les SOPA, la gratification annuelle est de 1263,60€. Son versement est en principe mensuel. C’est bien peu, compte-tenu du temps que les stagiaires devront y consacrer et qui les empêche souvent d’exercer un autre emploi d’étudiant.

Comme les ECA, les SOPA seront affecté-es après le concours à temps plein en responsabilité, et leur formation est réduite à un crédit de jours de formation, défini par la commission académique.

Pour être au clair sur le tutorat des AED prépro, des SOPA et des ECA, consultez notre article dédié à cette question.

Les candidat-es au concours issus d’autres masters

Les décrets statutaires n’exigent pas que les lauréats soient titulaires d’un master MEEF pour entrer en stage. Après le concours et leur entrée en stage, ces lauréats seront placés à mi-temps en responsabilité et en formation sur le reste du mi-temps. Ils recevront en stage une rémunération complète (voir ci-dessous).

Les AED en préprofessionnalisation

Pour le moment, les AED prépro n’ont pas été intégré-es à la nouvelle organisation du concours puisque leurs contrats, signés pour trois ans en L2, sur le modèle défini en 2019, devaient déboucher sur le concours alors placé en M1, puis une année de fonctionnaire-stagiaire à mi-temps pendant l’année de M2 MEEF. Or avec la réforme du concours et le passage du concours à la fin de l’année de M2 et une année de stage post-master, les AED prépro se retrouvent dans une situation inconfortable. Le Ministère a présenté en juillet 2021 une révision des textes de 2019 qui doit permettre un renouvellement de contrat, pour un an, pour tou-tes celles et ceux qui s’inscriront en M2 MEEF. Ces textes ne sont pas encore publiés.

Le SNES-FSU avait alerté le Ministère de cette difficulté dès qu’il a été question de repousser le concours en fin de M2. On ne peut que regretter ce manque d’anticipation, qui ne peut qu’inquiéter les AED prépro en M1 cette année.

Les AED prépro devraient pouvoir prétendre à passer les concours internes, car un an d’AED prépro équivaut à un an de service équivalent temps plein. Ainsi, si pour la session 2022, l’AED prépro est en M1 et que les résultats d’admissibilité sont publiés après le 1er mars 2022, il ou elle remplit les conditions de service (3 ans pour passer l’interne). Là encore, le SNES-FSU a interrogé depuis plusieurs mois le Ministère… et attend une réponse officielle sur le calcul des services pour les concours internes.

Les AED en préprofessionnalisation pourront retrouver tout ce qu’il faut savoir sur le contrat, les missions, la rémunération ici.

Le cas particulier des lauréats d’une session antérieure, et en report

Les représentant-es de la FSU ont interrogé le Ministère à ce propos, lorsque ce dernier a présenté en Comité technique ministériel le 13 octobre 2021 le projet d’arrêté modifiant l’arrêté du 18 juin 2014 fixant les modalités de formation initiale de certains personnels enseignants et d’éducation de l’enseignement public stagiaires. Le Ministère a confirmé que les nouvelles dispositions ne s’appliquent pas aux lauréats d’une session antérieure. Même titulaires d’un M2 MEEF, ces lauréat-es d’une session antérieure à 2022, en report, doivent être affecté-es à mi-temps en responsabilité et en formation le reste du temps.

Le contenu des concours

Le SNES-FSU a longuement analysé ici les nouvelles épreuves des concours. Des changements importants concernent les épreuves écrites mais également les épreuves orales. La place des disciplines est globalement réduite, et le nombre d’épreuves qui permettent de vérifier la qualification disciplinaire diminue, au profit d’une nouvelle épreuve orale d’admission, intitulée « épreuve d’entretien », commune à tous les concours (CAPES, CAPET, CPE, CAPEPS, CRPE…).

Cette épreuve d’admission suscite une large opposition. Pour le SNES-FSU, elle fait basculer le concours dans une autre dimension : celle d’un possible contrôle de conformité des futurs collègues à la doxa pédagogique du moment, et d’une vision ouvertement managériale des recrutements. L’épreuve « porte sur la motivation du candidat et son aptitude à se projeter dans le métier de professeur  » et elle laisse une plus grande place à l’évaluation de la capacité des candidat-es à « s’approprier les valeurs de la République » et à « faire connaître et faire partager ces valeurs et exigences« . Or, l’engagement dans la préparation et dans le passage les épreuves des concours, n’est-ce pas déjà la preuve de la motivation et de l’engagement des candidat-es ? N’est-ce pas plus pertinent d’évaluer leurs connaissances didactiques et disciplinaires (en particulier dans les disciplines doubles comme la physique-chimie pour ne prendre qu’elle) ? Quel-les candidat-es prendraient par exemple le risque de tenter une approche critique de l’interprétation ministérielle de la notion de laïcité ou de neutralité ?

L’enjeu de la rémunération pour les stagiaires

La réforme n’a abordé cette question que de manière très marginale. Pour un temps de service complet, un-e stagiaire commencera toujours à l’échelon 1, avec environ 1450€ net par mois, à moins de bénéficier d’une prise en compte de ses services antérieurs. Les stagiaires seront en revanche concerné-es par la prime d’attractivité d’une valeur de 1200€ par an pour les stagiaires en responsabilité à temps plein. Mais celles et ceux, titulaires d’un autre master que le master MEEF, et donc affecté-es à mi-temps en responsabilité, ne devraient toucher que la moitié de cette prime.

Affectation pour l’année de stage : toujours dans le flou

Le ministère ne s’est pas encore prononcé sur les affectations des stagiaires lauréat-es des concours, et sur une éventuelle refonte des modalités d’affectation. De nombreuses questions restent en suspens et doivent obtenir une réponse lors d’un prochain groupe de travail promis par le Ministère : qu’en est-il du maintien en académie ? Quels sont les éléments retenus au barème ? Les statuts de SOPA et ECA seront-ils liés à des bonifications ?

Les règles d’affectation des stagiaires sont en général fixées par une note de service publiée au Bulletin officiel en avril de l’année du concours. Le SNES-FSU défendra le principe d’un barème, appliqué au plus grand nombre de stagiaires, qui permette de prendre en compte de manière équitable l’ensemble des situations personnelles.

Le point de vue du SNES-FSU

Le SNES et les syndicats de la FSU ont dénoncé, dès les premiers éléments de la réforme connus, ses orientations. On retrouvera ces analyses dans le dossier mis en ligne sur le site du SNES ou parmi les articles publiés dans la rubrique « Concours / Entrée dans le métier ».

En bref, la réforme exige un-e enseignant-e ou un-e CPE immédiatement opérationnel-le après son recrutement, alors que ces métiers s’apprennent et se maîtrisent sur un temps long. Paradoxalement, cette réforme qui élève le niveau du recrutement du M1 au M2, réduit en réalité la formation dans son ensemble.

Avant le concours, la pratique sur le terrain est vue comme l’alpha et l’oméga de l’acquisition des compétences professionnelles. Les stages (et la mise en responsabilité) en M1 et M2 empiètent lourdement sur le temps de la formation disciplinaire et didactique en université, sans que tout ce qui permettrait que ces stages soient des temps de formation ne soit renforcé. La formation des tuteurs et tutrices, par exemple, reste un impensé de la réforme. La mise en responsabilité avant le concours est ensuite le prétexte à la mise en responsabilité à temps plein pendant l’année de stage : le Ministère ne tire-t-il aucune leçon de la réforme de 2010 ?

Réduisant la formation initiale des enseignant-es et des CPE, alors que l’inverse devrait être le premier objectif de toute réforme en ce domaine, la réforme Blanquer rate aussi ce qui devrait être le deuxième objectif : l’accroissement de l’attractivité des concours. En ne proposant aux étudiants qui se destinent à nos métiers que des statuts dégradés et peu rémunérés (AED prépro, ECA, SOPA), Jean-Michel Blanquer décourage celles et ceux qui doivent subvenir seuls à leur existence pendant leurs études, et hypothèque les chances de réussite des plus tenaces. A ce train-là, on n’est pas près de régler la crise de recrutement !

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